calcul public
Le ministère de la Recherche veut financer les codes autant que les machines
Venu au Forum Teratec le 20 octobre, Laurent Crouzet a plaidé pour que les applications et la formation pèsent autant que les supercalculateurs dans l’effort public consacré au calcul.

Laurent Crouzet, adjoint au délégué au numérique et aux données et représentant de la France au conseil d’administration d’EuroHPC
C’est une parole rare que le Forum Teratec a accueillie mardi 20 octobre au Palais des Congrès de Paris, celle du ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Adjoint au délégué au numérique et aux données et représentant de la France au conseil d’administration d’EuroHPC, Laurent Crouzet y a pris la parole devant la communauté du calcul haute performance. Il a défendu une vision cohérente de la chaîne numérique, des réseaux jusqu’aux compétences, pour que l’effort consenti sur les machines porte tous ses fruits.
“On met beaucoup d’argent dans les infras, mais il faut aussi continuer à mettre de l’argent sur le développement des applications”, a-t-il martelé. L’ancien développeur de codes de simulation a rappelé que machines et logiciels étaient devenus d’une complexité énorme, au point que l’échange de données entre centres de calcul, testé avec GENCI, s’est révélé moins simple que prévu.
Des projets solides restés sur le quai
L’appel EuroHPC consacré aux centres d’excellence et aux codes phares, doté de 15 millions d’euros cofinancés, a placé la France au deuxième rang des pays partenaires, avec cinq universités parmi les lauréats. De nombreux bons projets sont pourtant restés en liste d’attente, un sujet “évidemment très ennuyeux” aux yeux de l’orateur, qui compte sur la prochaine programmation européenne pour y remédier. En France, le PEPR exploratoire NumPEx, piloté par le CEA, le CNRS et Inria, consacre de son côté 41 millions d’euros de France 2030 aux logiciels de l’exascale.
La formation, parent pauvre des budgets
Le premier master européen dédié au calcul haute performance, l’EU Master EuroHPC, ne pèse que 7 millions d’euros, soit “une goutte d’eau” face aux infrastructures selon Laurent Crouzet. Ce cursus, dont la promotion a été célébrée il y a une dizaine de jours au Luxembourg, n’en mobilise pas moins Sorbonne Université, l’université de Reims Champagne-Ardenne, Inria, le Cerfacs et Toulouse INP. L’effort s’est montré plus massif sur l’IA, puisque les IA Clusters de France 2030, dotés de 360 millions d’euros, ont réuni en un an 447 doctorants et post-doctorants et créé 153 chaires.
Le quantique a lui aussi bénéficié d’un effort dédié, avec le programme QuantEdu France qui a mobilisé plus de 56 millions d’euros et 25 partenaires académiques pour former déjà plus de 20 000 personnes. Les machines d’EuroHPC, dont Ruby installée au CEA, commencent quant à elles à s’ouvrir aux chercheurs via le portail européen. Pour Laurent Crouzet, 2027 sera “l’année des tests grandeur nature” de ces systèmes, et l’Europe restera “un levier formidable” qui n’empêche pas la France de conserver sa propre stratégie nationale.





