Hiroshima AI cherche encore ses locuteurs pour devenir un standard mondial
L'OCDE a dévoilé au Tech7 une version remaniée du cadre de reporting Hiroshima AI. Derrière les simplifications annoncées, l'enjeu est clair : transformer un code de conduite encore confidentiel en véritable standard international.
Publié à 9h58 Lecture 5 min.
Sur la scène du Tech7, Yasushi Masaki, secrétaire général adjoint de l'OCDE, a défendu une approche internationale de la confiance et de la transparence dans l’intelligence artificielle.
―Fiona Slous / AlliancyUne langue n'existe vraiment qu'à partir du moment où suffisamment de personnes décident de la parler. Deux ans après son lancement, le processus Hiroshima AI cherche encore ses locuteurs. Le projet est né au sein du G7 2023 avec une ambition simple. Établir des principes communs pour le développement d'une intelligence artificielle de confiance. Depuis 2025, cette ambition prend la forme d'un cadre de reporting volontaire. Les entreprises y publient leurs pratiques de gouvernance, de sécurité et de gestion des risques. Mais le bilan reste modeste. “Au cours de sa première année de fonctionnement, 25 entreprises ont publié leur rapport sur la plateforme”, a rappelé Yasushi Masaki, secrétaire général adjoint de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pour une initiative portée par les principales économies du G7, le chiffre ressemble davantage à un point de départ. Pourtant, certains acteurs y voient déjà un instrument devenu nécessaire. “Le partage structuré d'informations est devenu indispensable à notre résilience collective”, a expliqué Hector de Rivoire, représentant de Microsoft. L'OCDE a donc revu son dispositif. L'objectif reste inchangé : transformer un engagement volontaire en référence internationale. Une ambition que résume Gautier Cloix, représentant d'Edge. “Nous avons besoin de standards internationaux pour que les utilisateurs puissent faire confiance à ces systèmes”, a-t-il plaidé. Pour espérer s'imposer face à la multiplication des cadres nationaux, Hiroshima AI doit désormais convaincre au-delà du premier cercle des pionniers.
Le G7 cherche à élargir son cercle
Pour élargir son audience, Hiroshima AI a commencé par revoir sa grammaire. La nouvelle version du cadre de reporting présentée au Tech7 simplifie les déclarations, multiplie les réponses fermées et distingue davantage les différents maillons de la chaîne de valeur. Développeurs de modèles, d'applications et déployeurs ne répondent plus exactement aux mêmes questions. Les petites structures occupent également une place plus importante. “Ce changement a été conçu pour encourager la participation des petites, moyennes et microentreprises disposant de moins de ressources”, a expliqué Yasushi Masaki. Le choix n'a rien d'anodin. Les grands groupes disposent déjà d'équipes dédiées à la conformité, à la gouvernance ou à la gestion des risques. Ce n'est généralement pas le cas des PME. Or, l'adoption de l'intelligence artificielle se jouera aussi chez elles. “Les entreprises formalisent de plus en plus leurs processus de gestion des risques, leurs structures de gouvernance et leurs mécanismes de contrôle interne”, a observé le responsable de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
Gautier Cloix, représentant d’Edge, a appellé au Tech7 à l’émergence de standards internationaux pour renforcer la confiance dans l’IA
―Fiona Slous / AlliancyMais l'organisation constate des différences significatives de maturité et d'approche. Le constat rejoint l'un des messages centraux du Tech7. Après plusieurs années consacrées à l'élaboration de principes communs, la priorité se déplace vers leur mise en œuvre. Le constat fait écho à l'évolution observée tout au long du Tech7. Le débat sur l'intelligence artificielle quitte progressivement le terrain des grands principes pour celui du déploiement. Les acteurs ne cherchent plus seulement à définir une langue commune. Ils tentent désormais de la faire parler par des organisations aux niveaux de maturité très différents. L'heure n'est plus à l'écriture du dictionnaire mais à sa diffusion.
Un même mot, quatre réalités
Si Hiroshima AI aspire à devenir une langue commune, les discussions du Tech7 ont montré que son vocabulaire reste encore largement polysémique. Un mot a traversé l'ensemble des interventions. Confiance. Derrière ce consensus apparent, les priorités divergent pourtant fortement. Pour Cohere, qui développe des modèles de fondation destinés aux entreprises et aux administrations, la confiance constitue avant tout une condition d'adoption. “Si vous voulez que les entreprises, les dirigeants ou les gouvernements adoptent une nouvelle technologie, vous avez besoin de confiance”, a affirmé Stéphanie Fink, vice-présidente des affaires publiques de Cohere. La préoccupation est d'abord économique. Aucun acteur ne confie ses données ou ses processus critiques à une technologie qu'il juge opaque.
De gauche à droite : Gautier Cloix (Edge), Stéphanie Fink (Cohere), Laura Toledano (Zalando) et Hector de Rivoire (Microsoft) ont débattu au Tech7 des conditions nécessaires au déploiement de l’IA
―Fiona Slous / AlliancyChez Zalando, le sujet change de nature. L'intelligence artificielle irrigue déjà la logistique, les recommandations produits ou la création de contenus. “La transparence n'est pas seulement une exigence légale. C'est le seul moyen de conserver la confiance de nos clients”, a souligné Laura Toledano, directrice générale Europe de l'Ouest de Zalando. Microsoft regarde encore ailleurs. À mesure que les modèles gagnent en autonomie, la confiance devient une question de résilience collective et de cybersécurité. “Le partage structuré d'informations est devenu indispensable à notre résilience collective”, a expliqué Hector de Rivoire. Derrière ce mot unique “confiance” se dessinent donc plusieurs priorités. Adopter. Déployer. Sécuriser. Hiroshima AI cherche à harmoniser ces préoccupations sans les uniformiser.
Le cadre court derrière la technologie
Cette diversité d'interprétations serait déjà complexe à aligner dans un secteur stable. L'intelligence artificielle ajoute une difficulté supplémentaire. Son terrain de jeu change en permanence. Un an seulement après le lancement du Reporting Framework, l'OCDE a déjà dû adapter son questionnaire. Parmi les principales évolutions figure l'intégration de questions consacrées à l'intelligence artificielle agentique, ces systèmes capables d'agir de manière autonome dans des environnements numériques. Le sujet n'a rien d'hypothétique. Edge affirme déjà déployer des agents capables d'utiliser directement des logiciels métier. “Nous commençons à voir l'intelligence artificielle entrer au cœur même des processus des entreprises”, a assuré Gautier Cloix. La promesse dépasse largement les gains de productivité associés à l'IA générative. Mais ces systèmes déplacent aussi la frontière du risque. “Les capacités des modèles de frontière progressent plus rapidement que ce que nous avions collectivement envisagé”, a averti Hector de Rivoire. Microsoft observe notamment des avancées rapides dans l'identification automatisée de vulnérabilités informatiques. Une capacité qui peut renforcer comme détourner la cybersécurité. Pour Hiroshima AI, le défi n'est plus tant d'écrire les règles que de suivre le rythme de la technologie. Les prochains rapports, attendus en septembre, diront si Hiroshima AI commence à entrer dans les usages ou s'il reste le dialecte d'un cercle restreint d'initiés.

