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Les DRH tenus à l'écart de la stratégie IA 

Près d'une entreprise française sur deux n'associe pas sa direction des ressources humaines à sa stratégie d'intelligence artificielle selon une étude de l'IBM Institute for Business Value.

Publié et mis à jour le 30 septembre 2026
4 min.
Les DRH tenus à l'écart de la stratégie IA

L'empressement à automatiser les tâches masque une faille au sein des directeurs en ressources humaines (DRH). Une étude de l'IBM Institute for Business Value, publiée le 21 septembre dernier, met en lumière une fracture entre les attentes managériales et la réalité opérationnelle. Seuls 23 % des DRH français partagent une feuille de route et un rythme opérationnel communs avec la direction des systèmes d’informations (DSI). Ils sont même 83 % à éprouver des difficultés de coordination avec l'ensemble du comité de direction. Face à ces obstacles, une réponse concertée des directions générales semblerait logique. La réalité du terrain montre au contraire un cloisonnement.  48 % des organisations en France n'associent pas leur DRH à la définition de leur stratégie en intelligence artificielle (IA). Dans les entreprises, l'IA reste donc largement un projet technologique alors que ses effets se jouent sur le travail et les compétences.

Pendant ce temps, le sentiment de perte de repères gagne du terrain. 48 % des salariés français redoutent leur érosion, contre 60 % au niveau mondial. La pensée critique arrive en tête des compétences perçues comme en déclin. Parmi les salariés français inquiets, 55 % estiment que l'IA a déjà commencé à dégrader une partie de leurs compétences, contre 75 % au niveau mondial. Mais Nickle LaMoreaux, vice-présidente exécutive et DRH chez IBM, nuance “à mesure que l’IA prend en charge davantage de tâches routinières et fondées sur les processus, les compétences propres à l'être humain deviennent encore plus importantes.” 

Le coût caché de la supervision 

L'introduction de l’IA générative ne simplifie pas mécaniquement le quotidien des équipes. En France, 79 % des DRH estiment que l'adoption de l'IA génère un travail “invisible” pour les employés. Valider les recommandations, corriger les erreurs, remettre les résultats en contexte, gérer les exceptions... Ces tâches pèsent sur le quotidien. En conséquence, 42 % des salariés, en France comme dans le monde, déclarent une hausse de leur charge de travail ou un manque de reconnaissance. 

À ce travail s'ajoute un flou troublant sur la responsabilité des erreurs algorithmiques. En cas de problème avec l'IA, 35 % des salariés français déclarent en être tenus pour responsables. De leur côté, 38 % des DRH français estiment que les employés peuvent manquer d'assurance pour remettre en question ou ignorer les résultats de l'IA. Et pour 31 % des DRH français, ce manque de clarté complique le déploiement de l'IA.  

Au niveau mondial, l'étude établit un lien entre gouvernance partagée et confiance des salariés. Avec un DRH coresponsable des décisions à maintenir sous pilotage humain, 76 % des employés se sentent en confiance pour contester ou écarter une recommandation de l'IA. Ils ne sont plus que 43 % lorsque les RH se contentent d'un rôle consultatif. “Nous considérons le DRH et le CTO comme un duo de choc, car ils réunissent la stratégie en matière de talents et la stratégie technologique dans une même conversation. Ensemble, nous sommes les coarchitectes du travail”, explique Ali Peek Bebo, le directeur des ressources humaines de Pearson. L'étude avance aussi des gains mesurables. Au niveau mondial, les organisations distinguant clairement les processus pilotés par l'humain, assistés par l'IA ou exécutés par l'IA obtiennent une réduction des risques de 18 % et une amélioration de la qualité de 20 %. 

Une fonction RH encore peu outillée 

“Offrir à une organisation un cadre de transformation structuré relève pleinement de la mission des RH. C'est en fait le travail des RH auquel tout le monde aspire” estime Geneviève Bich, Vice Presidente des Ressources Humaines de Metro (Canada). La fonction RH ambitionne donc d’accélérer sa propre transformation. En France, 70 % des organisations utilisent peu ou pas l'IA au sein de leur fonction RH. Les DRH jugent particulièrement faibles les capacités de leurs équipes en matière de maîtrise de l'IA. Au niveau mondial, les organisations dotées de capacités matures en IA appliquée aux RH sont près de deux fois plus susceptibles d'enregistrer davantage d'indicateurs de performance métier positifs. 

Les DRH français affichent toutefois une ambition. 52 % d'entre eux indiquent réinvestir principalement les gains de productivité de l'IA dans l'innovation ou le développement de nouvelle compétence. “Je souhaite montrer que les RH doivent jouer un rôle moteur dans cette transformation. Elles ne doivent pas seulement avoir une place à la table des discussions, mais bien diriger cette transformation”, affirme Anne-Catherine Ropers, DRH groupe de Crédit Agricole S.A..  


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