Bilan carbone

La CSRD impose un nouveau défi d’interopérabilité des données

Après la phase de reporting réglementaire, les organisations cherchent désormais à connecter leurs outils ESG, IT et métiers pour transformer les données en actions opérationnelles. 

Publié et mis à jour le 30 juin 20263 min de lecture
La CSRD impose un nouveau défi d’interopérabilité des données
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« Nous sommes passés de quelque chose de très observatoire à une logique où la décarbonation est pilotée à un rythme constant, mois après mois, trimestre après trimestre, année après année. » C'est le constat dressé par Yannick Chaze, CTO et cofondateur de Sweep, au sujet de la gestion de l'impact environnemental des entreprises. Réuni par l’éditeur français Sopht autour d'une table ronde avec Philippe Desmaison, responsable du développement durable chez AWS, Alex Dupuy, associé Tech Strategy & Transformation chez KPMG et Jérémie Veg, CEO de Sopht, tous ont partagé un même constat : les entreprises ont largement dépassé la seule logique du reporting carbone. Après plusieurs années consacrées à la réalisation des bilans carbone et à la préparation de la CSRD (directive européenne qui impose aux entreprises de publier des informations détaillées sur leurs impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance), elles cherchent désormais à piloter concrètement leur trajectoire de décarbonation. Pour Yannick Chaze, cette évolution traduit une montée en maturité du marché. Selon lui, les entreprises cherchent désormais à mesurer l’impact réel de leurs actions et à évaluer leur retour sur investissement. « La performance environnementale, donc la stratégie de réduction, l’implémentation d’actions concrètes, la mesure de l’impact de ces actions et le retour sur investissement de ces actions-là, c’est aujourd’hui le sujet central », a-t-il ajouté. 

Une donnée encore trop fragmentée pour être réellement exploitable 

Si les organisations disposent aujourd’hui de nombreux outils ESG, la circulation de la donnée demeure un obstacle majeur. Alex Dupuy souligne que le marché s’est considérablement densifié ces dernières années, avec plusieurs centaines de solutions spécialisées. Selon lui, la difficulté n’est plus tant de trouver un outil que de construire une architecture cohérente entre les différentes briques technologiques. « Il n’y a pas une seule plateforme qui couvre l’ensemble des enjeux ESG », a-t-il rappelé. Le consultant observe ainsi une demande croissante des entreprises autour de la gouvernance de la donnée ESG et des schémas directeurs permettant d’organiser l’ensemble de cet écosystème. « On a de plus en plus de clients qui nous interrogent aujourd’hui sur leur schéma directeur ESG et data », a-t-il indiqué. Les intervenants ont également insisté sur les difficultés liées à la qualité et à la comparabilité des données. Philippe Desmaison a reconnu que la disponibilité de certaines données environnementales restait un sujet récent dans l’industrie du cloud. « Il fallait déjà qu’on ait de la donnée à partager. Il y a encore cinq ans, on ne partageait quasiment rien », a-t-il expliqué. Selon lui, le secteur est progressivement passé d’un manque de données à un enjeu de standardisation. « La première friction, c’était le manque de données. Aujourd’hui, c’est la qualité de la donnée et l’interopérabilité des données », a-t-il résumé. 

L’interopérabilité comme prochaine étape de la transformation ESG 

Face à cette complexité, les participants de la table ronde estiment que l’interopérabilité devient la condition essentielle pour passer du reporting à l’action. Pour Jérémie Veg, la donnée doit pouvoir circuler entre les différents maillons de la chaîne de valeur ESG afin d’être exploitée au plus près des métiers. « La data, c’est le cœur de la matière et de la trajectoire des clients. Mais pour créer ces dynamiques, il faut mettre en mouvement l’actionnabilité », a-t-il déclaré. Cette vision se traduit notamment par le développement d’intégrations entre les plateformes ESG et les outils utilisés au quotidien par les équipes techniques. Sopht a ainsi présenté ses travaux avec Dynatrace afin de faire remonter les indicateurs environnementaux directement dans les environnements opérationnels. L’éditeur développe également des simulateurs permettant d’évaluer l’impact carbone et financier de différentes décisions techniques, comme le prolongement de la durée de vie des serveurs ou le recours à du matériel reconditionné. Pour Philippe Desmaison, la prochaine étape passera également par la création de standards communs permettant aux acteurs de partager des données comparables. « Je ne vois pas comment cela peut être possible autrement », a-t-il affirmé en évoquant la nécessité de construire des référentiels partagés à l’échelle du secteur. Une évolution qui pourrait, selon lui, se concrétiser dans les prochaines années et constituer l’un des fondements d’une véritable architecture ESG interopérable.