Feuille de route

La France structure sa capacité souveraine d’évaluation de l’IA 

L’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’IA (INESIA), piloté par la Direction générale des Entreprises (DGE) et le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), adopte sa feuille de route 2026-2027. Trois pôles structurent la capacité française d’évaluation des IA avancées. 

Publié le 16 févr.

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L’évaluation des IA avancées devient une brique régalienne à part entière. L’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’IA (INESIA), créé en 2025 et placé sous le pilotage conjoint de la Direction générale des Entreprises (DGE) et du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), a adopté sa feuille de route 2026-2027 afin de structurer une capacité souveraine d’analyse et de sécurisation des systèmes d’intelligence artificielle. L’ambition est d’accompagner l’innovation tout en protégeant les citoyens. « La France fait le choix d’une intelligence artificielle à la fois innovante, sûre et digne de confiance, en se donnant les moyens d’évaluer et de sécuriser les systèmes les plus avancés », a déclaré Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. En ajoutant que l’INESIA « incarne une approche souveraine et scientifique de la sécurité de l’IA », elle a inscrit l’Institut dans une logique de maîtrise technologique où la capacité à tester conditionne la capacité à peser. 

Doter l’État d’une expertise technique de pointe 

Pour concrétiser cette ambition, l’État commence par outiller la régulation. Le pôle « Appui à la régulation » vise à développer une expertise technique de pointe au bénéfice des autorités compétentes. L’INESIA facilitera l’accès aux méthodes et outils d’évaluation, renforcera la détection des contenus synthétiques et contribuera à l’élaboration de méthodes de certification adaptées à la cybersécurité des systèmes d’IA. En fédérant l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) et le Pôle d’expertise de la régulation numérique (PEReN), l’Institut consolide un socle d’expertises complémentaires. La ministre a précisé que cette structuration intervenait « au service de la protection des citoyens, de la compétitivité de notre économie et de l’excellence de notre recherche », soulignant le lien étroit entre exigence technique et attractivité industrielle. 

Anticiper les dérives des IA les plus avancées 

Mais structurer la régulation ne suffit pas si les risques émergents ne sont pas anticipés. Le pôle « Risques systémiques » approfondira l’expertise nationale sur les menaces susceptibles d’apparaître avec les IA les plus avancées. Des travaux de recherche doivent permettre de mieux comprendre ces phénomènes et de concevoir des méthodes d’atténuation, notamment autour des systèmes agentiques, dont l’autonomie croissante interroge les cadres classiques de contrôle. Ces travaux contribueront à la poursuite de l’engagement français au sein du réseau international des AI Safety Institutes. En consolidant cette capacité d’analyse en amont, la France cherche à éviter une dépendance aux référentiels étrangers et à participer activement à l’élaboration des standards internationaux. 

Stimuler l’innovation par la coopétition 

Anticiper et réguler n’aurait cependant qu’un impact limité sans dynamique d’innovation. Le pôle « Performance et fiabilité » stimulera l’émulation entre acteurs à travers l’organisation de challenges techniques. Cette logique de coopétition doit créer un effet d’entraînement pour faire progresser l’état de l’art tout en consolidant des pratiques d’évaluation robustes. Un axe transverse dotera parallèlement les membres de l’INESIA d’outils communs et de moyens techniques mutualisés afin de soutenir l’ensemble des travaux. L’ANSSI pilote déjà des travaux en lien avec l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) et les centres d’Évaluation de la Sécurité des Technologies de l’Information (CESTI) pour concevoir les méthodes d’évaluation de demain. En érigeant l’évaluation en infrastructure stratégique, l’État ne se contente pas d’encadrer l’IA ; il en redéfinit les conditions de confiance et, partant, les règles du jeu économique.