Le Crédit Agricole investit un demi-milliard d’euros pour industrialiser l’IA
Le groupe bancaire renforce sa stratégie sur l’intelligence artificielle et annonce engager 500 millions d’euros sur trois ans.
Publié hier à 5h38 Lecture 3 min.
“La performance du Crédit Agricole dépend de notre capacité à intégrer l’intelligence artificielle.” C’est le constat formulé par Olivier Gavalda, le DG du groupe bancaire, à l’occasion d’une conférence de presse sur l’orientation stratégique du banquier-assureur. Derrière, un investissement de 500 millions d’euros sur trois ans (2026-2028), avec un objectif clair d’industrialisation. L’enveloppe doit servir à renforcer les infrastructures, absorber la montée en puissance des usages et structurer le déploiement de l’IA à l’échelle du groupe. Rapporté aux 5,7 milliards de budget IT annuel de la banque, l’effort peut sembler négligeable. Il marque pourtant un basculement stratégique. Une part significative des fonds sera consacrée à l’augmentation de la puissance de calcul du groupe. “Nous sommes en train d’étendre les capacités de nos data centers”, confie Olivier Biton, directeur de la transformation technologique de Crédit Agricole.
Une « entreprise IA » dotée de 150 millions d’euros
Avec cette somme, le groupe prévoit aussi la création d’une “entreprise IA”. Le terme est important. Ni une GIE, ni une IA factory, mais bien une entreprise au capital de 150 millions d’euros, avec un objectif de rentabilité (sans date avancée à ce jour). “Nous créons une entreprise qui sera capable de prendre certains risques technologiques”, précise Olivier Biton. L’entité délivrera sur sa plateforme les services nécessaires au déploiement de l’IA dans le groupe, des fondations technologiques communes et des agents IA mutualisés pour tous.
Dès septembre, l'entreprise devrait entrer en activité et se pencher sur les principaux défis techniques et organisationnels liés au déploiement de l’IA à l’échelle du groupe. “Comment j’accède aux LLM ? Comment mettre en place un nouveau cycle de vie du développement logiciel (SDLC) fondé sur l’IA ? Comment aller chercher des données sur le web sans risquer une fuite de nos propres données ? Pour répondre à ces interrogations, plutôt que de nous contenter de normes descriptives, nous développons un service industriel de niveau groupe afin de fournir les moyens, à l’échelle, permettant de respecter les règles fixées“, explique Olivier Biton dans un entretien accordé à la rédaction en marge de l'évènement.
Préparer l’explosion des coûts de l’IA
Derrière cet investissement se cache également une préoccupation plus prosaïque : la facture de l’IA. Celle-ci reste pour l’instant largement imprévisible, avec une valeur du token encore inconnue. “Lorsque les coûts exploseront, lorsque nous paierons le « vrai coût » de l’IA, il faudra disposer de leviers d’action à l’échelle”, commente Olivier Biton. Dans cette optique, le Crédit Agricole multiplie les partenariats avec des fournisseurs d’IA français, européens et américains afin de préserver sa marge de manœuvre technologique. Interrogé sur ses relations avec Anthropic, le directeur de la transformation technologique indique collaborer avec la start-up sur les enjeux de cybersécurité et ajoute, sur le ton de la confidence, être « en train de rentrer dans le cercle Glasswing ». Cette adhésion permettrait notamment au groupe d'accéder à Claude Mythos, un modèle spécialisé dans l’identification de vulnérabilités informatiques. Sa capacité à détecter à grande échelle de nouvelles failles de sécurité pourrait constituer un atout stratégique de taille pour l’établissement bancaire.

