open source
Les modèles ouverts d’IA deviennent une alternative stratégique aux géants du secteur
Face à la concentration de l’IA entre quelques fournisseurs, les modèles ouverts gagnent en importance pour permettre aux entreprises de garder le contrôle sur leurs technologies et leurs usages.

À mesure que l’intelligence artificielle exige davantage de puissance de calcul et de capitaux, sa concentration entre les mains de quelques acteurs pose une question de dépendance aux entreprises qui construisent leurs produits sur ces technologies. Réunis lors d’une table ronde à VivaTech, Danila Shtan, CTO de Nebius, Vladislav Tankov, Head of Technology chez JetBrains, et Thomas Wolf, cofondateur et Chief Science Officer de Hugging Face, ont défendu le rôle des modèles ouverts face aux systèmes propriétaires. Pour Thomas Wolf, l’enjeu dépasse désormais la seule comparaison des performances : une entreprise qui dépend d’un fournisseur unique s’expose aussi à ses décisions commerciales ou géopolitiques. Il évoque notamment le cas d’une start-up biotech qui s’est retrouvée dans l’impossibilité de poursuivre certains usages après l’introduction de restrictions par son fournisseur et a dû se tourner vers l’open source. "Si vous êtes une entreprise, vous ne voulez pas dépendre d’un seul fournisseur et de ses décisions", résume-t-il. Une problématique devenue d’autant plus concrète que les modèles ouverts ont rapidement progressé et peuvent désormais être adaptés aux besoins spécifiques des entreprises.
Garder le contrôle devient aussi important que choisir le meilleur modèle
L’intérêt de l’open source ne repose toutefois pas sur l’idée qu’un modèle ouvert serait systématiquement meilleur qu’un modèle propriétaire. Les intervenants recommandent au contraire aux entreprises de sélectionner la technologie la plus adaptée à chaque cas d’usage, puis de la personnaliser. Mais disposer de modèles ouverts offre un niveau supplémentaire de contrôle, notamment sur les données, l’infrastructure et la continuité du service. Cette logique prend une dimension particulière pour les équipes de développement : des modèles de plus en plus performants peuvent désormais fonctionner localement, donnant aux entreprises davantage de maîtrise sur leur environnement. Pour Thomas Wolf, cette évolution constitue aussi un "appel à l’action" pour l’Europe. Une intelligence artificielle contrôlée par quelques entreprises pourrait à terme leur donner un pouvoir considérable sur les usages autorisés, les collaborations possibles ou encore les technologies accessibles. "Cela tuerait l’innovation", prévient-il, en particulier pour les entrepreneurs capables d’inventer de nouveaux cas d’usage à partir de technologies qu’ils peuvent librement adapter. L’ouverture devient ainsi moins un débat idéologique qu’une manière de préserver la capacité des entreprises à choisir, expérimenter et changer de fournisseur.
Pour l’Europe, construire des data centers ne suffira pas
Cette indépendance ne pourra cependant pas reposer uniquement sur les modèles. Danila Shtan insiste sur la nécessité de disposer d’acteurs indépendants dans les infrastructures de calcul, capables de fournir des ressources aussi bien aux grands groupes qu’aux start-up. Mais pour les intervenants, la stratégie européenne ne doit pas se limiter à construire des data centers ou financer un nouveau modèle fondationnel. "Ce dont nous avons réellement besoin en Europe, c’est d’un écosystème plus large", défend Thomas Wolf : des infrastructures, mais surtout des entreprises capables de les utiliser, des clients pour les modèles européens et des start-up transformant cette puissance de calcul en produits. Sans cette demande, les capacités financées risquent de rester sous-exploitées. Vladislav Tankov appelle lui aussi à soutenir davantage les entrepreneurs et l’adoption de l’IA, au-delà de la seule infrastructure. Pour les entreprises qui se lancent, la priorité reste néanmoins pragmatique : "Ne vous préoccupez pas du modèle. Prenez le meilleur disponible. Ce qu’il vous faut, c’est un produit, pas un modèle", conseille Danila Shtan. Dans une industrie où les performances évoluent chaque semaine, l’avantage compétitif pourrait donc moins venir de la possession d’un modèle que de la capacité à construire rapidement des produits tout en conservant suffisamment d’indépendance pour faire évoluer leur socle technologique.





