L'IA européenne menacée par un déficit énergétique
Réunis au Paris Cyber Summit, plusieurs experts ont estimé que l'accès à une énergie abondante et compétitive est devenu une condition essentielle au développement de l'IA en Europe.
Publié à 5h38 | Mis à jour à 8h23 Lecture 3 min.
Guillaume Niarfeix, représentant du secteur énergétique européen et ancien député français, Alison King, VP, Government Affairs at Forescout Tech Inc. Adam S. Lee, vice-président et Chief Security Officer de Dominion Energy et Phil Stupak Assistant National Cyber Director at The White House
―Tiago Gil / AlliancyLongtemps considérée comme une problématique industrielle ou environnementale, l’énergie s’impose désormais comme un enjeu central de la compétitivité numérique. Lors d'une conférence de presse consacrée à l’IA, aux infrastructures numériques et aux relations transatlantiques, les intervenants ont souligné que la croissance des centres de données, du cloud et des applications d’intelligence artificielle repose avant tout sur la disponibilité d’une électricité abondante et fiable. Adam S. Lee, vice-président et Chief Security Officer de Dominion Energy, fournisseur d’électricité de la région de Washington et de l’un des plus importants bassins mondiaux de data centers, a plaidé pour une approche pragmatique de la production énergétique. « Pour alimenter tous les besoins technologiques, toute la puissance de calcul et la demande des hyperscalers, nous devons exploiter toutes les formes de production d’énergie disponibles », a-t-il déclaré. Selon lui, des réglementations trop restrictives risquent de freiner le développement de l’IA, du cloud ou encore de l’informatique quantique. « Toute réglementation draconienne sur la production d’énergie freinera notre capacité à progresser dans l’IA et les technologies numériques », a-t-il ajouté.
Une souveraineté numérique impossible sans souveraineté énergétique
Pour Guillaume Niarfeix, représentant du secteur énergétique européen et ancien député français, le principal défi auquel l’Europe est confrontée n’est plus seulement technologique mais énergétique. Selon lui, le continent souffre d’un déficit structurel qui menace directement ses ambitions dans l’IA. « L’un des principaux problèmes que nous avons aujourd’hui en Europe est que nous ne pouvons pas développer efficacement la recherche en IA basée sur les centres de données parce que nous ne disposons pas d’une énergie suffisamment abondante », a-t-il affirmé. S’il reconnaît l’importance de la décarbonation, il estime que la priorité doit être de garantir une production suffisante : « Bien sûr, cette énergie doit être aussi propre que possible. Mais d’abord, nous avons besoin d’énergie. » L’intervenant a également critiqué certaines orientations des politiques énergétiques européennes, qu’il juge contre-productives dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis et la Chine. Selon lui, l’Europe a déjà perdu une partie de la bataille numérique en laissant émerger les géants technologiques américains et doit désormais éviter de reproduire les mêmes erreurs dans l’énergie, devenue la ressource stratégique de l’économie numérique.
Compétences, cybersécurité et innovation : les autres défis de l’ère IA
Au-delà de la question énergétique, plusieurs participants ont rappelé que la compétitivité numérique repose également sur les compétences et la capacité d’innovation. Phil Stupak, directeur principal du plaidoyer chez ISC², association internationale des professionnels de la cybersécurité, a présenté les résultats d’une enquête menée auprès de ses membres en Europe et aux États-Unis. Près de 44 % des répondants identifient un manque de compétences en intelligence artificielle et 42 % un déficit de compétences en cybersécurité. « Si vous ne disposez pas d’une alimentation électrique suffisante, vous ne pourrez pas être compétitif dans l’IA ou le cloud », a-t-il résumé, établissant un lien direct entre infrastructures énergétiques, technologies numériques et développement des talents. Les échanges ont également mis en lumière une divergence persistante entre les approches américaine et européenne de l’innovation. Adam S. Lee a opposé une logique américaine consistant à « innover d’abord, puis réguler les problèmes lorsqu’ils apparaissent » à une approche européenne davantage centrée sur l’anticipation des risques. Une différence de philosophie qui, selon plusieurs intervenants, pourrait avoir un impact direct sur la vitesse de développement des technologies d’IA et des infrastructures numériques stratégiques dans les années à venir.

