Interview

Olivier Vallet (Docaposte) : « Les solutions souveraines sont compétitives »

Dans un contexte de dépendance aux plateformes extra-européennes, Docaposte, via son PDG Olivier Vallet, défend une stratégie mêlant souveraineté, partenariats et rôle clarifié de l’État.

Publié et mis à jour le 20 mars 20264 min de lecture
Olivier Vallet (Docaposte) : « Les solutions souveraines sont compétitives »

Docaposte fait de la souveraineté numérique un de ses principaux chevaux de bataille. Pour quelles raisons ?  

Notre positionnement repose sur deux notions indissociables : la confiance et la souveraineté. La première implique transparence et clarté sur les solutions numériques que nous proposons à nos clients et aux utilisateurs finaux. La seconde consiste à proposer des solutions réellement souveraines lorsque cela est nécessaire. Nous sommes un acteur de référence sur ces deux dimensions.  

Ce choix s’inscrit dans notre ADN. Docaposte est une entreprise privée, mais adossée à La Poste et à la Caisse des Dépôts. Cet actionnariat nous confère une responsabilité particulière : proposer des alternatives crédibles aux organisations publiques et privées, afin qu’elles disposent d’un véritable choix.   

Nous intervenons principalement dans trois secteurs : le secteur public, la santé et la finance. Ce sont des marchés régulés, où les données sont sensibles et dans lesquels la notion de souveraineté trouve écho. Dans certains cas d’usage, des solutions non souveraines peuvent être déployées, mais dans un cadre de confiance et de transparence explicite où le client sait précisément ce qu’il achète et quel niveau de dépendance il accepte. 

 

Que manque-t-il aujourd’hui en France pour réellement retrouver une indépendance technologique ?  

Il existe désormais une volonté politique, ce qui constitue un changement notable. Mais cette volonté doit se traduire par des actions concrètes et rapides, notamment dans les appels d’offres publics. Trop souvent, les consultations ne font pas référence à des acteurs européens, ce qui rend difficile l’émergence d’alternatives crédibles.  

L’État doit par ailleurs clarifier son rôle. Il doit accepter les partenariats public-privé et éviter de se positionner en concurrence frontale avec les acteurs industriels en développant lui-même des solutions open source qui, ensuite, ne passent pas à l’échelle ou peinent à être maintenues dans la durée. La priorité devrait être de regarder ce qui existe sur le marché avant de développer en interne.  

Enfin, il faut que les donneurs d’ordres privés arrêtent de considérer que les solutions souveraines, qu’elles soient françaises ou européennes, sont moins performantes ou plus coûteuses. Ce biais, notamment chez les DSI, favorise les acteurs dominants, car le choix d’une solution largement adoptée est perçu comme moins risqué sur le plan professionnel. Or, il existe en France et en Europe des solutions robustes, compétitives et capables de monter en charge. Restaurer la confiance dans l’écosystème local constitue donc un enjeu autant culturel qu’industriel. 

 

Docaposte fait partie des membres fondateurs de l’IRN (Indice de Résilience Numérique). Quels enseignements en tirez-vous ?  

Nous avons contribué à la conception de cet outil en travaillant avec deux de nos filiales sur le questionnaire qui permettra d’obtenir le label IRN. Les échanges avec les autres partenaires ont permis d’affiner le dispositif. Nous allons désormais entrer dans une phase d’utilisation concrète pour nos propres besoins, afin de mesurer notre niveau de résilience et d’identifier des axes de progression. Les premiers retours opérationnels sont attendus après un déploiement au second semestre 2026. 

Le principal enseignement tient à la difficulté de concevoir un outil universel, adapté à des organisations de tailles et de secteurs différents. Trouver une méthodologie commune à l’ensemble des entreprises s’avère complexe, ce qui explique l’importance de la co-construction. La diversité des acteurs impliqués constitue un point fort, car elle permet d’élaborer un référentiel applicable dans des contextes variés. L’enjeu sera désormais d’observer son appropriation et son évolution dans le temps. 

 

À travers votre filiale Maincare, vous participez à l’Alliance SIH. Quels résultats opérationnels en attendez-vous ? 

L’Alliance SIH, menée avec les Hospices Civils de Lyon et d’autres partenaires, vise à définir le système d’information hospitalier de demain. Aujourd’hui, un hôpital peut utiliser 400 à 500 logiciels différents, souvent non interopérables, ce qui complique la circulation de l’information et l’efficacité opérationnelle. L’objectif consiste à structurer un socle cohérent, interopérable et mieux intégré, en s’appuyant sur des acteurs industriels et des établissements de santé. 

 

Plus globalement, la France gagnera-t-elle en indépendance technologique en multipliant les alliances ? 

Oui, à condition que ces alliances reposent sur une réelle complémentarité et un objectif commun. Le rythme d’évolution du numérique et de l’IA est tel que les entreprises ne peuvent plus avancer seules. La collaboration permet d’aller plus vite, de mutualiser les investissements et de partager les expertises. Nous l’avons fait dans le cloud souverain avec NumSpot, aux côtés de partenaires industriels et financiers. Ce type de modèle permet de mobiliser des compétences complémentaires et des capacités d’investissement importantes. 

Nous entrons dans une économie marquée par l’accélération des usages de la data et de l’IA, avec un rythme de transformation que même les experts ont parfois du mal à suivre. Dans ce contexte, les organisations qui réussiront seront celles qui développeront des modèles de coopération solides, des réseaux d’expertise et des écosystèmes d’innovation capables d’absorber cette vitesse de changement. L’indépendance technologique ne se construira pas en silo, mais dans une logique de partenariats structurés et durables. 

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