IA et emploi
Formation à l’IA : l’État cofinance les reconversions, mais oublie l’emploi des jeunes
Le ministère du Travail cofinance à 50 % les projets des branches pour adapter emplois et compétences à l’IA. Un calendrier tardif, alors que l’embauche des jeunes recule déjà.

Les entreprises ont multiplié par trois leur recours à l'intelligence artificielle entre 2023 et 2025. Les formations, elles, n'ont pas suivi. Seuls 21 % des salariés français en ont bénéficié dans un cadre professionnel, selon le ministère du Travail. Pour tenter de combler ce retard, l'État a ouvert le 29 septembre un appel à manifestation d'intérêt (AMI) consacré à la transformation des emplois et des compétences par l'IA, dans le cadre du programme Impulsion IA 2027. Les branches professionnelles et leurs opérateurs de compétences (OPCO) sont invités à concevoir des projets cofinancés à 50 % par l'État. Aucun budget global propre à cet appel n'est toutefois précisé, malgré les 80 millions d'euros annoncés pour l'ensemble du plan. Le dispositif entend préparer les entreprises aux mutations des métiers. Encore faut-il pouvoir les anticiper. Les premiers projets ne démarreront qu'en 2027, tandis que les pratiques professionnelles évoluent déjà au rythme des nouveaux modèles d'IA.
Les métiers changent, les référentiels attendent
L'État ne veut plus seulement mesurer l'exposition des professions à l'automatisation. Il demande aux branches d'en tirer des conséquences sur les qualifications, les certifications et les mobilités professionnelles. Le cahier des charges distingue cinq profils de métiers, des activités faiblement affectées aux professions menacées de substitution. Les projets pourront notamment réviser les fiches de poste, construire des passerelles entre métiers ou tester des parcours de reconversion auprès d'entreprises pilotes.
Les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % entre novembre 2022 et mars 2026 dans les métiers les plus exposés à l’IA générative, contre 8 % pour les moins concernés
Une attention particulière est accordée aux TPE-PME de moins de 50 salariés, rarement dotées des mêmes moyens RH que les grands groupes. Mais la mécanique repose sur des intermédiaires sectoriels et des expérimentations pouvant durer deux ans. Les branches disposant déjà d'études prospectives pourront éviter une nouvelle phase de diagnostic, limitée à six mois. Une souplesse bienvenue face à l'obsolescence possible des référentiels. Car identifier les compétences menacées aujourd'hui ne garantit pas leur pertinence à l'issue des expérimentations, parfois attendue plusieurs années plus tard.
Les embauches n'ont pas attendu
Le calendrier interroge d'autant plus que les premières tensions apparaissent dans les recrutements. Selon une étude publiée le 8 octobre par la Banque de France, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % entre novembre 2022 et mars 2026 dans les métiers les plus exposés à l’IA générative, contre 8 % pour les moins concernés. Les employés comptables, agents administratifs et secrétaires figurent parmi les professions les plus vulnérables. Mais les économistes ne concluent pas à une destruction d'emplois imputable à l'IA.
L'automatisation des tâches traditionnellement confiées aux débutants pourrait réduire leurs occasions d'apprendre par la pratique
Le ralentissement économique, la correction du secteur technologique après le Covid et le télétravail ont également pesé sur les recrutements. L'étude relève néanmoins un phénomène intéressant pour les directions RH. Les fins de contrat diminuent aussi dans les métiers exposés, sans baisse statistiquement nette des effectifs totaux chez les entreprises utilisatrices intensives d'IA. Les postes restent occupés, mais leur renouvellement ralentit. Une évolution susceptible de compliquer l'entrée des jeunes dans certains métiers.
La formation à l'épreuve des recrutements
Cette évolution pose une difficulté supplémentaire aux branches professionnelles. Les projets EDEC IA devront accompagner les salariés en poste, notamment les moins qualifiés, les seniors et les personnes en reconversion. Le cahier des charges prévoit également des outils de gestion des emplois et des parcours professionnels, ainsi qu'une évaluation des besoins futurs de recrutement. Aucun objectif chiffré ne concerne toutefois l'embauche des jeunes. Or, la Banque de France souligne un risque encore théorique, mais lourd de conséquences. L'automatisation des tâches traditionnellement confiées aux débutants pourrait réduire leurs occasions d'apprendre par la pratique. Les entreprises auraient alors à former leurs salariés aux nouveaux outils tout en préservant les conditions de transmission des savoir-faire. Les premiers projets retenus seront annoncés le 14 décembre, avant un déploiement possible jusqu'en 2030. Les branches devront notamment prévoir des indicateurs de résultats et des outils réutilisables. À cette échéance, certains référentiels métiers élaborés au lancement du programme pourraient déjà nécessiter une nouvelle révision.





