ESN et ICT

Quand l’IA implique un changement de métier

Pour la neuvième année, KPMG et Numeum ont pris le pouls des entreprises de services du numérique et des sociétés d'ingénierie et de conseil en technologies. 

Publié et mis à jour le 6 octobre 2026
4 min.
Quand l’IA implique un changement de métier
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Comment vont nos ESN ? La question revient tous les ans comme un bilan de santé. Face à l’essor de l’IA, KPMG et Numeum dressent à nouveau un panorama de la vitalité des entreprises de services du numérique (ESN) et des sociétés d'ingénierie et de conseil en technologies (ICT) en France. Après plusieurs années d’expérimentation et d’acculturation, l’intelligence artificielle n’est plus un agent extérieur que l’on observe à distance : elle a pénétré l’organisme, modifié ses équilibres et contraint les entreprises à s’adapter pour survivre. La question n’est donc plus de savoir s’il faut résister au virus, mais comment transformer l’organisation, les compétences et les modèles de création de valeur pour y résister. 

Augmenter l'expert plutôt que le remplacer 

Les professionnels du secteur ne voient pas dans l'IA une rivale de l'expert, mais son prolongement. Pour 86 % des répondants, elle est d'abord une aide à la production, pas un substitut. Le modèle qui s'impose est celui d'un attelage structuré : collaborateurs, copilotes et agents travaillent de concert. Les premiers résultats sont tangibles. 37 % des ESN et ICT affichent des gains de productivité supérieurs à 20 % sur leurs activités de delivery. Et l'avant-vente est déjà conquise : 84 % des sondés y ont déployé des usages en interne. 

Cet enthousiasme masque pourtant un peloton étiré. Seuls 4 % des répondants ont automatisé des pans entiers de leur delivery, tandis que 26 % en sont encore à des usages individuels, bricolés, non standardisés. L'effort financier dessine la même fracture. Plus de la moitié des organisations consacrent de 1 à 3 % de leur chiffre d'affaires à leur transformation IA, quand 21 % restent sous la barre du 1 %. Le rapport ne précise pas si les entreprises qui investissent le plus sont celles qui enregistrent les plus gros gains de productivité. Et la contribution de l'IA au chiffre d'affaires demeure, pour la grande majorité, modeste. Les ambitions à trois ans, elles, laissent entrevoir une forte accélération. 

Du prototype à l'échelle 

Pour avancer sans perdre le contrôle, le secteur installe ses garde-fous. 67 % des répondants se sont dotés d'une politique IA formelle, et plus de la moitié ont instauré des processus de validation sécurité et conformité. Cette exigence de confiance gagne jusqu'aux contrats, qui se réécrivent : on y trouve désormais des garanties de présence d'un humain dans la boucle, l'engagement que les données clients ne nourriront pas des modèles d'IA, ou encore des clauses d'hébergement de ces données. 

Reste à passer de l'usage à l'échelle. L'écosystème prend de la maturité et cherche moins à multiplier les expérimentations qu'à industrialiser son savoir-faire. Résultat : nombre de clients savent aujourd'hui monter seuls un premier prototype, mais dépendent encore des ESN et ICT pour le déployer à grande échelle. Pour tenir ce rôle, les prestataires se bâtissent un patrimoine. Bibliothèques de prompts, plateformes internes d'IA, frameworks agentiques, briques RAG deviennent peu à peu la colonne vertébrale de leurs catalogues d'offres 

Les talents, nerf de la guerre 

Mais aucun actif ne vaut sans les femmes et les hommes qui le font fructifier. Les compétences s'imposent comme la condition du succès, et les besoins basculent vers des profils plus experts, plus hybrides, plus spécialisés : 48 % des acteurs placent les experts IA en tête de leurs recrutements, et 42 % courtisent ces profils charnières capables de faire dialoguer technologie et métier. Car la machine a beau produire, il faut encore quelqu'un pour exercer l'esprit critique, le jugement et l'adaptabilité, ces qualités qui font le sel du conseil. 

Face à ces nouveaux besoins, l'employabilité des juniors accuse le coup. 19 % des ESN et ICT font état d'une réduction ciblée des recrutements sur certains métiers, quand 11 % parlent de compensation par la montée en compétences interne. Mais former demande du temps et de l’argent. Seules 20 % des entreprises interrogées ont plus de 80 % de leurs collaborateurs formés. L'écart se creuse aussi selon la taille : 62 % des collaborateurs des grandes entreprises et ETI atteignent un niveau intermédiaire (cas d'usage, sécurité, méthodes), contre 33 % dans les PME et TPE. 

Quand les agents entrent dans l'équipe 

Aux jeunes et aux seniors s'ajoute désormais un nouveau collègue : l'agent. Il bouscule la productivité, mais aussi le modèle d'affaires. Près de six dirigeants sur dix anticipent un impact fort, voire disruptif, de l'IA générative et agentique sur leur économie. La facturation au forfait ou en régie reste largement majoritaire, mais elle est questionnée. 37 % des acteurs jugent que les modèles fondés sur la valeur créée seront l'évolution la plus probable à court terme. Deux ESN ou ICT sur trois font d'ailleurs évoluer leur pricing : 59 % vers l'unité d'œuvre ou le forfait, 42 % vers la souscription ou l'abonnement. 

Or, d'autres acteurs se sont déjà mis en mouvement. 80 % des ESN et ICT désignent les nouveaux entrants AI-native comme le danger concurrentiel numéro un. Ces nouveaux venus ne s'embarrassent pas des codes établis et osent le success fee. Certains dirigeants citent des missions facturées quelques milliers d'euros qui génèrent plusieurs centaines de milliers d'euros de valeur pour le client. Le message est limpide : il faut sortir d'une logique où le revenu est rivé au temps passé. L'enjeu, au fond, dépasse la technologie. Il s'agit de savoir ce qu'un prestataire de services vend, quand le temps humain n'est plus l'unité de mesure. 


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