Seconde vie : des smartphones de la SNCF pour les « sans domicile fixe »

Emmaüs Connect lance un appel aux entreprises pour financer une opération visant à distribuer 7 000 smartphones à des personnes SDF. Ces terminaux, qui ont servi à des contrôleurs de SNCF Voyageurs, doivent en effet être reconditionnés avant d’être donnés.

Publié et mis à jour le 19 juin 20244 min de lecture
Seconde vie : des smartphones de la SNCF pour les « sans domicile fixe »

Des smartphones de la SNCF pour les sans domicile fixe

Emmaüs Connect lance un appel aux entreprises pour financer une opération visant à distribuer 7 000 smartphones à des personnes SDF. Ces terminaux, qui ont servi à des contrôleurs de la SNCF, doivent en effet être reconditionnés avant d’être donnés.

Association membre du mouvement Emmaüs, Emmaüs Connect travaille depuis 2013 sur la grande précarité numérique. « La grande précarité numérique, c’est la double peine. La peine tout d’abord de ne pas savoir utiliser le numérique et donc d'être bloqué dans beaucoup de démarches. Et la peine économique, dans le sens où les personnes concernées n’ont par exemple pas accès à la formation ni à la connexion. Sans compte en banque domicilié en France, vous ne pouvez en effet pas obtenir de forfait Wifi, ce qui vous oblige à acheter des cartes prépayées tous les mois. Il faut ajouter à cela un manque d'accès à l'équipement », déclare Emmanuelle Jollivet, Responsable des relations donateurs chez Emmaüs Connect.

C’est pour combler ce manque d'accès à l'équipement qu’Emmaüs Connect noue régulièrement des partenariats avec des entreprises pour récupérer des matériels dont elles souhaitent se séparer. En 2023, e.SNCF Solutions prend contact avec Emmanuelle Jollivet à propos de 7 000 smartphones utilisés par les contrôleurs dans les trains.

« Ce sont des smartphones Blue Bird qui ont de belles capacités, notamment beaucoup d'autonomie, sur plusieurs jours. Ils sont aussi très solides, car beaucoup manipulés, et résistants aux chocs et à la pluie. SNCF Voyageurs doit renouveler son parc régulièrement, ce qui correspond à une flotte de 5 à 10 000 smartphones à chaque fois », note Emmanuelle Jollivet.

Le problème est que ces terminaux, qui possèdent de grandes batteries, sont un peu plus larges et lourds que des smartphones classiques. « Ces terminaux sont l'équivalent des fruits moches. Ils sont excellents à l’intérieur, mais ils sont un peu moins beaux que la moyenne des autres fruits. D’un point de vue marketing, il est donc difficile de leur offrir une seconde vie via la revente à des particuliers, par exemple », complète Emmanuelle Jollivet.

Des terminaux résistants et d’une grande autonomie pour les plus précaires

Compte tenu des caractéristiques des terminaux, Emmaüs Connect réfléchit alors à quel public ils pourraient convenir. « Compte tenu de leur autonomie de plusieurs jours et de leur résistance, nous nous sommes dit qu’ils seraient parfaits pour un public extrêmement précaire, sorti de rue, autrement dit pour des SDF. On ne s’en rend pas forcément compte, mais les sans-abris ne peuvent s’en sortir que parce qu’ils ont un smartphone pour appeler les foyers d'urgence ou accéder aux soins de première nécessité. Le smartphone constitue le plus souvent leur ‘dernière adresse’ », ajoute Emmanuelle Jollivet.

Malgré ce don, Emmaüs Connect doit prendre en charge un certain nombre de frais liés au transport et au reconditionnement des terminaux. « Il y a un peu de travail manuel à réaliser, comme le fait de vérifier les smartphones, d’effacer les données existantes ou de les équiper de nouveaux câbles pour le chargement. C’est un travail qui prend en moyenne 20 minutes par smartphone et que nous confions à des chantiers d'insertion. Cela crée une économie particulière, une économie locale, mais cela a bien évidemment un coût », commente Emmanuelle Jollivet

Pour financer cette opération, Emmaüs Connect a déjà bénéficié d’une subvention de 20 000 euros. Elle permettra d’équiper 800 personnes sans domicile fixe de Seine Saint-Denis. Les smartphones seront distribués pas des associations locales qui connaissent bien le terrain et savent accompagner lors de la prise en main des terminaux. En tout, Emmaüs Connect a déjà collecté des fonds pour 2 000 smartphones.

L’association lance donc un appel aux dons pour finaliser son opération. « Nous faisons un appel aux subventions privées. Nous recherchons des entreprises qui ont envie de participer à cette belle action qui consiste à soutenir des personnes sans domicile fixe. Nous recherchons encore pour cette opération la somme de 125 000 euros, ce qui correspond aux 5 000 smartphones qu’il nous reste à prendre en charge », conclut Emmanuelle Jollivet.

Emmaüs Connect est une association membre du mouvement Emmaüs. Comme les 290 autres groupes du mouvement, elle est engagée sur des valeurs communes, mais conserve une pleine autonomie juridique et opérationnelle.

Elle agit depuis 2013 pour permettre aux personnes en situation de précarité sociale et numérique d’accéder aux outils en ligne devenus indispensables. L’association a la particularité de travailler sur les trois aspects de la précarité numérique : l’accès au matériel, l’accès aux moyens de connexion et l’accompagnement vers des compétences essentielles.

À ce jour, plus de 170 000 personnes ont pu être aidées au sein de lieux d’accueil ou de Relais Numériques partenaires. L’association propose également des formations et des outils aux acteurs sociaux et opérateurs de services publics pour transmettre ses méthodes avec l’ambition de changer d’échelle dans l’inclusion numérique sur tout le territoire.

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