Classement 2026
Top 250 Numeum : la croissance des éditeurs français ralentit
Numeum a dévoilé ce 4 novembre 2026 les lauréats de la 16e édition de son Top 250 des éditeurs de logiciels, ainsi que l’étude EY sur l’état du secteur.

Jean-Christope Pernet, associé EY, et Jean-Philippe Couturier, président du Collège des éditeurs logiciels et plateformes de Numeum
Numeum a désigné ses champions. Comme chaque année, quatre éditeurs se sont distingués du Top 250 des éditeurs de logiciels français. Le prix international est revenu à Dilitrust, une suite destinée aux directions juridiques des grands comptes. Travelsoft a reçu le prix de l’Innovation pour ses plateformes de réservation à destination des professionnels du tourisme, des tour-opérateurs et des transporteurs. Septeo, qui développe des logiciels métiers intégrant l’intelligence artificielle, a été salué pour sa croissance externe. Enfin, l’organisation patronale a tenu à honorer l’éditeur Ennov du prix du jury. Sa plateforme de conformité et de gestion documentaire s’adresse aux secteurs pharmaceutique, des dispositifs médicaux et des cosmétiques. Cette 16e édition s’est accompagnée de la présentation d’une étude réalisée par EY sur la santé et l’évolution du secteur.
Une croissance modérée, sous le signe de l’IA
Celle-ci a dressé le portrait d’une croissance modérée. Si 83 % des éditeurs se sont déclarés rentables, la progression du chiffre d’affaires s’est doucement essoufflée. Il a atteint 22,4 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 5,2 %, contre 8,9 % l’année précédente : un ralentissement qui a traduit l’impact d’un contexte économique tendu. Les éditeurs ont en effet vécu entre deux réalités exigeantes. D’un côté, un contexte global qui n’a épargné personne ; de l’autre, l’impact de l’IA, notamment agentique. “Pour la première fois de notre histoire, on a une technologie qui transforme nos clients et qui nous transforme nous aussi”, a déclaré Mehdi Houas, président de Numeum depuis juillet.
Préserver l’emploi des juniors
Les effectifs ont été les premiers touchés : leur croissance est passée de 8 % l’an dernier à 4 % cette année. Pour l’avenir, seule la moitié des éditeurs (51 %) a envisagé d’augmenter ses effectifs, contre 62 % l’année précédente. Sans surprise, les profils data et IA ont été privilégiés, devant les commerciaux et les développeurs. Le métier de développeur, probablement le plus bouleversé par l’IA, évolue vers de nouvelles compétences, comme une meilleure compréhension du produit et des besoins clients, ainsi que la maîtrise des outils d’IA. Jean-Philippe Couturier, président du Collège des éditeurs logiciels et plateformes de Numeum, a indiqué que 69 % des développeurs se considéraient désormais comme des “ingénieurs produits”, selon une autre étude Numeum. Leur efficacité a progressé, elle aussi : “Les bugs critiques ont diminué de 79 % en 12 mois”, a-t-il affirmé.

Mehdi Houas, président de Numeum
Pour les développeurs comme pour les autres métiers, la question du recrutement des juniors s’est posée avec acuité. Les intervenants ont beaucoup insisté sur la nécessité de préserver la formation et l’emploi des jeunes. Ils ont mis en garde contre l’idée que l’IA rendrait les compétences informatiques inutiles. Selon eux, les entreprises devaient continuer à investir en R&D et à recruter des ingénieurs, un secteur ne pouvant pas fonctionner durablement avec des seuls profils seniors. Un groupe de travail conjoint entre Numeum et des organisations clientes, dont le Cigref, a été créé pour favoriser l’intégration des profils moins expérimentés.
L’IA agentique, entre opportunité et actif stratégique
L’IA a été l’autre point sensible des discussions. Jean-Christophe Pernet, associé EY, s’est montré optimiste : “Les éditeurs de logiciels français ont enregistré une croissance moins importante en 2025 dans un contexte économique difficile. Néanmoins, les enjeux de transformation des entreprises sont considérables avec l’avènement de l’agentique et les éditeurs, après une phase de doute matérialisée par la Saaspocalypse, semblent être très bien positionnés pour accompagner cette révolution. La valeur apportée par les logiciels va considérablement augmenter et les éditeurs ont bien identifié cette opportunité avec l’intégration massive de l’IA dans leurs solutions.” Jean-Philippe Couturier, cette fois sous sa casquette d’éditeur, a confirmé l’importance prise par l’IA : “Aujourd’hui, je considère qu’un des gros assets de mon entreprise, c’est la mémoire de mon système agentique, ce n’est pas que mon software”, a-t-il expliqué.
Modèle économique : Numeum éclaire les choix sans trancher
Restait la question du modèle économique : Numeum avait-il un positionnement ? L’organisation patronale était très attendue sur ce point, mais elle a surtout fait preuve de prudence. Elle n’a pas proposé de modèle unique à recommander à tous les éditeurs. Elle a néanmoins fait passer un message clair en rappelant que le modèle SaaS et l’activité des éditeurs restaient solides, mais que l’IA imposait de repenser les politiques tarifaires et le partage de la valeur avec les clients. La réflexion est restée ouverte : 29 % des éditeurs interrogés ne savaient pas encore comment l’IA changerait leurs contrats. Parmi les pistes citées, 26 % ont envisagé un supplément d’abonnement et 22 % une facturation à l’usage, qui peut aussi aider à couvrir les coûts variables des tokens. La facturation au résultat est restée marginale, même si un représentant de Travelsoft a estimé qu’elle pourrait se développer et améliorer la rentabilité lorsqu’elle fonctionnerait bien.
“Cette édition du Top 250 confirme la robustesse de notre industrie, mais révèle surtout l’ampleur de la transformation qui s’engage sous l’effet de l’IA agentique", Jean-Philippe Couturier
L’action concrète annoncée par Numeum a consisté à préparer, avec EY, des livres blancs sur le pricing de l’IA, le “make or buy” et l’évolution du modèle de revenus. L’organisation a aussi souhaité interroger des fonds d’investissement sur l’évolution de leurs critères de décision. Autrement dit, Numeum a reconnu que l’IA agentique bousculait le modèle, mais a cherché à éclairer les choix plutôt qu’à prescrire une formule unique. Jean-Philippe Couturier a conclu : “Cette édition du Top 250 confirme la robustesse de notre industrie, mais révèle surtout l’ampleur de la transformation qui s’engage sous l’effet de l’IA agentique : elle touche simultanément ce que nous vendons, la manière dont nous le monétisons et la façon dont nous organisons nos entreprises. Le logiciel mmence à agir ; nos organisations apprennent, elles aussi, à articuler le travail des humains et des agents.”





