Transition écologique : comment former les managers de demain ?

Un rapport du Shift Project tente de montrer comment réaliser la transformation des enseignements en gestion pour y intégrer les enjeux écologiques.

Publié et mis à jour le 20 décembre 20224 min de lecture
Transition écologique : comment former les managers de demain ?

Formation

Un rapport du Shift Project, en partenariat avec l’école de commerce Audencia, tente de montrer comment réaliser la transformation des enseignements spécialisés en gestion pour y intégrer les enjeux écologiques.

Qu’est-ce qu’un business plan « compatible 2°C » si, désormais, le carbone ou la biodiversité deviennent des critères que nous cherchons à optimiser avant les euros ? À quoi ressemble une économie compatible avec des flux physiques en contraction et une campagne publicitaire qui ne porte pas atteinte à la biodiversité ? Quelles connaissances et compétences faut-il fournir à un élève en gestion au vu des interrogations ci-dessus ? Aura-t-on besoin des mêmes enseignants, qu’il faudra juste former à de nouvelles approches, ou bien l’angle sera-t-il tellement différent que le corps enseignant apte à officier dans ce nouveau contexte viendra de l’extérieur ?

Telles sont les questions que pose Jean-Marc Jancovici, Président du Shift Project, en introduction d’un rapport intitulé « Former les acteurs de l’économie de demain » paru au mois de novembre 2022. Un rapport qui considère que les managers ont un rôle décisif à jouer dans la transition vers une société décarbonée et résiliente.

Comment ? En atténuant les impacts de leurs organisations sur l’environnement et en contribuant à l’adaptation de la société aux bouleversements en cours. Or, seuls 6 % des formations en management abordaient les enjeux écologiques dans des cours obligatoires en 2019, selon le Shift Project.

« L’enseignement en gestion occupe une place importante et en croissance dans l’enseignement supérieur. Les formations dédiées à gestion concernaient plus de 19,6 % des étudiants de l’enseignement supérieur en 2019-2020. C’est dire toute l’importance pour la transition écologique que l’enseignement supérieur en gestion intègre des connaissances et compétences liées aux enjeux écologiques », détaille le rapport.

Un socle de connaissances et de compétences

Le rapport du Shift Project propose un socle de connaissances et de compétences à destination des enseignants et responsables pédagogiques, représentant environ 165 heures d’enseignement. Ce socle décrit les connaissances et compétences à intégrer dans les cours obligatoires enseignant les fondamentaux de la gestion.

Selon le Shift Project, les managers de demain doivent notamment comprendre les contraintes physiques et leurs implications pour la société, les systèmes économiques et les organisations, mobiliser les sciences naturelles, sciences de l’ingénieur ainsi que les sciences humaines et sociales, et connaître les limites des modèles enseignés en gestion et en économie pour prendre en compte les enjeux écologiques.

« Il faut réinventer les outils et pratiques de gestion si l’on souhaite transformer les entreprises au regard des enjeux écologiques. Pour cela, il faut que la gestion s’intéresse aux contraintes physiques et aux enjeux sociaux qui y sont liés, pas seulement pour créer de nouveaux indicateurs mais, de manière plus ambitieuse, pour travailler à la transformation des entreprises en coordination avec les autres acteurs de la transition », peut-on lire dans le rapport du Shift Project.

La nécessaire formation des enseignants

Avoir une vision systémique demande de faire le lien entre sa discipline d’une part (finance, marketing, stratégie…), et d’autre part de multiples champs disciplinaires qui permettent de comprendre les contraintes physiques, les enjeux sociaux qui y sont liés, et les réponses que doivent y apporter nos sociétés.

Pour bien comprendre les enjeux écologiques, les enseignants doivent y être formés. Les enseignants consultés ont notamment manifesté, pour pouvoir les intégrer à leur propre réflexion, un fort besoin de formation sur les connaissances sur les contraintes physiques. Cette réaction est confirmée par les réponses à un sondage comptabilisant 489 réponses d’enseignants issus de près de 30 établissements, écoles de management, IAE et universités. Plus de 40 % des répondants font état d’un besoin de formation pour intégrer davantage les enjeux écologiques à leurs cours.

Les directions et présidences d’établissements également concernées

Les enseignants ne sont pas les seuls à devoir se transformer. Les directions et présidences doivent elles aussi prendre leur part de responsabilité en redéfinissant leur stratégie d’établissement pour intégrer les enjeux écologiques dans les enseignements, la recherche, le campus, les pratiques et la gouvernance. Cela nécessite de mobiliser des moyens humains et financiers en adéquation avec les évolutions à mener. Le Shift Project préconise d’y consacrer 3 % du budget de fonctionnement pendant au moins trois ans.

Quant aux organismes chargés de délivrer les accréditations et de réaliser les classements, le Shift Project leur recommande d’accorder aux enjeux écologiques un poids supérieur à tous les autres critères dans l’évaluation des établissements, de définir précisément les enjeux écologiques tels qu’ils seront évalués, en plaçant les limites planétaires au centre, et de valoriser l’intégration des enjeux écologiques dans tous les enseignements.

Il est à noter que ce rapport du Shift Project sera bientôt complété par un rapport dédié à la finance. Il approfondira la réflexion en dressant un état des lieux de la prise en compte des enjeux écologiques dans les formations en finance faisant référence en France, et en faisant le point sur les évolutions actuelles de la finance en lien avec les enjeux écologiques, explorant les évolutions futures possibles dans une démarche prospective.

Autres articles

Numérique responsable : les livres clés pour s’inspirer et agir

Conseil lecture

Numérique responsable : les livres clés pour s’inspirer et agir

Pour l’été, nous vous proposons de lire (ou relire) une sélection d'essais, romans de science-fiction, ressources opérationnelles et réflexions philosophiques, consacrées aux défis du numérique responsable.

La féminisation de la tech est devenue un enjeu de souveraineté numérique

mixi'tech

La féminisation de la tech est devenue un enjeu de souveraineté numérique

Pour répondre aux pénuries de compétences et renforcer l'autonomie technologique du pays, les acteurs publics et privés appellent à accélérer la féminisation des métiers du numérique. 

Comment la bataille de l'IA se déplace vers l'infrastructure

Chronique

Comment la bataille de l'IA se déplace vers l'infrastructure

Pendant plusieurs années, la compétition en intelligence artificielle s'est jouée sur une seule variable : le modèle. Qui aurait le plus de paramètres, les meilleures performances, l'interface la plus convaincante. Le dernier RAISE Summit a acté la fin de cette lecture.

"La SNCF applique une grille d’achat dans laquelle la partie RSE représente 20 % de la notation. Nous voulons aller plus loin"

Interview

"La SNCF applique une grille d’achat dans laquelle la partie RSE représente 20 % de la notation. Nous voulons aller plus loin"

Xavier Verne est le directeur du numérique responsable du Groupe SNCF. Il détaille la large structuration de la démarche de Responsabilité Numérique de l'entreprise et les leviers qui ont le plus d'impact.

Numérique responsable : des contributions pour agir

GreenTech Forum 2026

Numérique responsable : des contributions pour agir

Dans le cadre de la nouvelle édition du GreenTech Forum nous avons proposé à nos lecteurs de partager dès à présent les messages forts qu’ils estiment clés à faire passer aux dirigeants.


Préférences de consentement