Vivatech 2026
Un 28e régime pour faire grandir les start-up européennes
Le projet « one market, one law » veut lever les freins juridiques et financiers à la croissance des startups via un cadre européen unique, parallèle aux 27 législations.

Ekaterina Zaharieva, commissaire européenne chargée des startups, de la recherche et de l'innovation
L'Europe est devenue un excellent tremplin. Mais pas encore une terre d'atterrissage. Chaque année, le Vieux Continent voit émerger de nouvelles startups prometteuses. Pourtant, lorsqu'elles atteignent un stade décisif de leur développement, nombre d'entre elles traversent l'Atlantique pour trouver les financements nécessaires à leur changement d'échelle. Un constat qui a largement nourri les discussions de la 10e édition de VivaTech. « Nous avons plus ou moins développé un écosystème efficace pour les phases d'amorçage », estime Ekaterina Zaharieva, commissaire européenne chargée des start-up, de la recherche et de l'innovation. Entre dispositifs nationaux, fonds européens et investisseurs spécialisés, le continent dispose désormais d'une solide infrastructure pour accompagner la création d'entreprises innovantes. Les difficultés apparaissent davantage lorsqu'il s'agit de soutenir leur expansion.
Le mur du passage à l’échelle
Cette faiblesse alimente régulièrement les interrogations sur la capacité de l'Europe à faire émerger et surtout à conserver ses futurs champions technologiques, condition essentielle de sa souveraineté numérique. Pour Jean-Charles Samuelian-Werve, cofondateur et directeur général d'Alan, assureur santé, l'explication ne réside pas seulement dans le manque de capitaux disponibles. Elle relève aussi d'une différence d'approche face au risque. « Aux États-Unis, les investisseurs prennent leur décision en une réunion. En Europe, ils reviennent avec une liste de 120 questions », résume-t-il.
Pour autant, Ekaterina Zaharieva refuse de considérer cette situation comme un échec européen. Elle ne reproche pas non plus aux entrepreneurs de se tourner vers des investisseurs étrangers. « Ils veulent simplement développer leur entreprise », rappelle-t-elle. La commissaire balaie également l'idée selon laquelle l'arrivée de capitaux internationaux constituerait en elle-même une menace pour la souveraineté du continent. « Nous ne refusons pas votre argent », lance-t-elle aux investisseurs étrangers. L'objectif est ailleurs : permettre aux fondateurs européens d'accéder, sur leur propre marché, à des financements comparables à ceux disponibles outre-Atlantique. « N'oublions pas qu'ils ont commencé à construire leur industrie du capital-risque vingt ou trente ans avant nous », souligne-t-elle à propos des États-Unis, rappelant ainsi l'origine historique d'une partie du retard européen.
Le pari du 28e régime
Parmi les solutions envisagées par Bruxelles figure le projet de « 28e régime », devenu l'un des symboles de la stratégie européenne en faveur des start-up. L'idée est simple : créer un cadre juridique européen unique, parallèle aux 27 législations nationales existantes. Les entreprises pourraient alors choisir d'opérer sous un ensemble de règles harmonisées à l'échelle du continent plutôt que de devoir s'adapter à chaque marché national. Lors du forum de Davos, en janvier dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, expliquait que les entrepreneurs pourraient, à terme, créer une entreprise dans n'importe quel État membre en moins de 48 heures, entièrement en ligne, tout en bénéficiant du même régime de capital à travers l’UE.
Pour les défenseurs du projet, l'enjeu dépasse largement les questions administratives. En réduisant la fragmentation réglementaire européenne, le 28e régime pourrait faciliter les investissements transfrontaliers, accélérer le développement des entreprises et renforcer l'attractivité du marché européen. Le projet est d'ailleurs souvent résumé par une formule : « One market, one law ». Mais pour Ekaterina Zaharieva, il existe un obstacle culturel à ce projet. « Le plus grand défi est de penser comme un seul ensemble », affirme-t-elle. Car malgré le marché unique, les États européens continuent de raisonner à l'échelle nationale. « Chaque pays veut son champion », regrette-t-elle. Et ce, au détriment d'une logique continentale.





