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Vive l'IA, circulez, il n'y a rien à voir !

Lors de la conférence rue d'Ulm sur l'IA et société, six chercheurs ont exposé leurs travaux, mais emploi, fake news, dépendance numérique... les impacts négatifs restent étrangement absents des débats.

Publié et mis à jour le 19 juin 20263 min de lecture
Vive l'IA, circulez, il n'y a rien à voir !

Le 3 juin dernier, une conférence de presse s'est tenue rue d'Ulm dans les locaux de la prestigieuse École Normale Supérieure, un des temples de la pensée, sur le sujet "IA et société". L'occasion pour des chercheurs du AI & Society Institute, de l'institut Nicod et du cluster IA PR[AI]RIE de présenter leurs travaux. Une conférence également animée par Paris Dauphine PSL. A l'exception de l'impact environnemental, les projets présentés n'ont pas abordé les dégâts collatéraux, avérés ou potentiels, de l'IA. Sans surprise, les responsables, directeur de l'ENS-PSL, président de l'université PSL, président de Dauphine-PSL et la présidente du conseil d'administration de cet établissement ont rappelé la place croissante de l'IA dans les programmes de recherches. Cette technologie est présente dans 14 programmes de recherche de l'ENS-PSL sans parler de nombreuses autres initiatives. Une fois les grandes lignes posées, six chercheurs ont présenté leurs travaux. Pour la première intervention, le directeur scientifique de l’Institut IA et société a assuré que l'IA n'augmente pas l'impact des fakes news. "1% des utilisateurs consomment 80% des fakes news". Et l'IA n'a pas d'effets sur ces chiffres.  Première surprise ! En janvier, des spécialistes de la cybersécurité ont souligné le rôle démultiplicateur de l'IA dans les cyberattaques comme dans la désinformation au cours d'une présentation organisée par le Clusif. Les interventions suivantes ont zoomé sur "l'économie de l'attention", sur les aspects économiques, sur les aspects cognitifs.... La dernière portait sur les impacts environnementaux du numérique et de l'IA.   

Au cours de la session finale de questions-réponses avec les journalistes, une question a porté sur de conséquences de cette technologie sur l'emploi. Le directeur de Dauphine-PSL s'est voulu rassurant en invoquer Schumpeter et le cycle de destruction-création. Certes. Mais qui ne précise pas pendant combien de temps les jeunes diplômés en particulier vont attendre la deuxième phase du cycle. Il a ajouté qu'ils devraient trouver chaussures à leurs pieds dans les data centers. Ces temples de l'automatisation ! L'absence d'impact sur les fakes news a également fait l'objet d'une question. Le chercheur a confirmé les résultats. Un responsable a insisté sur "l'accélération" possible grâce à cette technologie. Utilisée avec des visées scientifiques, elle accélère 10 000 fois les recherches a-t-il assuré. 

Deuxième surprise, à l'exception de la dernière présentation, aucun projet n'abordait des thèmes sociétaux négatifs comme les suicides de jeunes liés à l'usage des réseaux sociaux, la perte cognitive, la perte de compétences, la réduction drastique des effectifs déjà visibles dans certains secteurs comme les traducteurs, ... Côté entreprises et administrations, même absence de sujet sur la dépendance vis à vis de quelques géants du numérique, sur l'explosion récente des coûts... Il reste bien sûr possible que ces thématiques soient incluses dans les projets ou fassent l'objet d'autres. Mais alors pourquoi ne pas en parler ? 

Au final, une conférence de presse qui a de quoi rendre dubitatif. Et donne un arrière-goût d'avoir assister à une campagne de communication en faveur de l'IA. Bien sûr certains de ses usages sont sans conteste positifs. Mais pourquoi ignorer ou minorer les aspects négatifs de la thématique "IA et société" ? Enthousiasme pour une technologie puissante ? Nouvel axe de développement pour obtenir des financements ? D'autres raisons ? Seuls les intéressés peuvent répondre. Seule certitude, la conférence aurait dû être baptisée Vive "l'IA et société".