57 % des candidats estiment les recruteurs plus biaisés que l'IA
Une étude AssessFirst menée auprès de 11 746 candidats révèle une attente croissante de transparence dans l’évaluation des compétences et une banalisation de l’IA dans les processus RH.
Publié hier à 4h34 | Mis à jour hier à 4h43 Lecture 3 min.
Le juge et la machine ont changé de place dans le box des accusés. Jusqu’à lors présentée comme une source potentielle de discriminations et de biais, de candidats fait désormais davantage confiance à l'intelligence artificielle qu'aux recruteurs. Selon une étude AssessFirst menée auprès de 11 746 personnes entre novembre 2025 et février 2026, 57,2 % des répondants estiment les recruteurs plus sujets aux biais que les algorithmes dans l’évaluation des compétences. Le chiffre ne vaut pas blanc-seing pour l’IA. Il traduit surtout une défiance envers des processus RH jugés trop opaques. Près de 41 % des candidats déclarent ne jamais ou rarement connaître les critères utilisés pour les évaluer. Seuls 12,2 % considèrent le processus toujours transparent. Dans un marché où l’expérience candidat pèse sur l’image employeur, l’objectivité ne peut plus rester une promesse implicite. Elle doit se documenter, s’expliquer, se prouver. Les recruteurs ne perdent pas leur rôle. Ils perdent le bénéfice du doute.
La défiance change de camp
L’étude montre aussi une banalisation rapide de l’IA dans le recrutement. Près d’un candidat sur deux en a une perception positive pour l’évaluation des compétences. Plus d’un sur deux cite le gain de temps comme principal bénéfice, devant la réduction du stress et la flexibilité. L’outil ne fascine plus vraiment. Il s’installe. 52,3 % des répondants affirment que l’usage de l’IA ne change rien à leur envie de rejoindre une entreprise, signe que la technologie devient moins un avantage qu’un standard attendu. Pour les employeurs, le terrain se déplace donc. Il ne s’agit plus seulement d’adopter l’IA pour paraître moderne, même si 51,7 % des candidats associent son usage à une image innovante. Il faut surtout éviter d’ajouter une couche d’opacité à des processus déjà contestés. David Bernard, directeur général d’AssessFirst, y voit une demande de processus « plus transparents, plus structurés et plus justes ». La formule sert aussi les intérêts de son entreprise, spécialisée dans l’évaluation prédictive. Elle pointe néanmoins un enjeu réel pour les directions RH. L’IA ne remplacera pas la confiance. Elle obligera les recruteurs à mieux justifier leurs décisions.
L’objectivité sous surveillance
La confiance accordée aux algorithmes reste fragile. Seuls 29,3 % des candidats disent faire davantage confiance à l’IA qu’à un recruteur humain pour évaluer objectivement leurs compétences techniques. La majorité ne bascule donc pas dans une croyance aveugle envers la machine. Elle demande plutôt des méthodes plus lisibles. Cette nuance compte, au moment où les entreprises intègrent des outils d’analyse, de présélection ou d’évaluation automatisée dans leurs parcours RH. Les biais algorithmiques n’ont pas disparu. Ils changent seulement de décor. Données d’entraînement, critères de scoring, pondération des résultats, explicabilité des recommandations deviennent autant de points de vigilance. L’étude AssessFirst ne raconte donc pas la victoire de l’IA sur le recruteur. Elle révèle une exigence nouvelle envers l’ensemble de la chaîne de décision. Dans le recrutement, le jugement humain ne suffit plus à rassurer. La machine non plus. Entre les deux, les candidats réclament désormais des preuves.

