Humeur

Féminisation de la tech, l’élan brisé 

L’industrie technologique aime se présenter comme tournée vers l’avenir. Mais sur la question de la place des femmes, les indicateurs racontent une toute autre histoire. 

Publié et mis à jour le 20 mars 2026
2 min.
Féminisation de la tech, l’élan brisé 
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Après des années de mobilisation pour féminiser les métiers du numérique, l’écart entre les genres ne se résorbe pas : il s’agrandit. Et le secteur ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Une récente étude de McKinsey le souligne : la part de femmes dans ces postes a reculé entre 2024 et 2025, passant de 22 % à 19 %. En cause, notamment, les vagues de licenciements dans la tech attribuées à l’essor de l’IA, qui ont touché des fonctions occupées majoritairement par des femmes, comme la gestion de produits ou le design. Sans intervention, cette proportion pourrait encore diminuer. 

Cette sous-représentation inquiète d’autant plus que la technologie irrigue désormais l’ensemble des fonctions de l’entreprise. En d’autres termes, c’est potentiellement toute une génération de futures dirigeantes dont l’écosystème se prive. D’autant que la mobilité interne verticale reste difficile pour les femmes, plus on s’élève dans la hiérarchie, plus leur présence se raréfie. Les chiffres sont sans appel : le plafond de verre n’a pas disparu. De quoi pousser certaines à envisager de quitter purement et simplement l’industrie. 

Dans ce contexte, les départs volontaires s’ajoutent aux licenciements. Résultat, celles qui restent se retrouvent souvent seules représentantes de leur genre dans la pièce. Les objectifs de parité semblent relégués au second plan, au risque d’installer un climat de travail dégradé. L’enquête « Women in Tech » en donne un aperçu préoccupant. En 2025, près d’une femme sur deux déclare avoir été victime de sexisme ou de préjugés. Et 82 % des répondantes estiment devoir prouver davantage leur valeur que leurs collègues masculins. 

Dans les faits, l’évolution professionnelle des femmes passe notamment par l’engagement d’efforts supplémentaires, à quoi s’ajoute un second travail invisible : celui de maintenir l’harmonie de l’équipe, de jouer les médiatrices ou d’assurer un rôle de soutien informel. Selon McKinsey, ces tâches représentent en moyenne 200 heures de travail supplémentaires par an comparé à leurs homologues masculins. Soit plus d’un mois consacré à des activités décorrélées de leur progression de carrière. 

Face à ce bilan, que penser des stratégies censées améliorer la parité ? Force est de constater que les initiatives engagées jusqu’ici n’ont malheureusement pas produit les effets attendus, faute d’avoir été traitées à leur juste priorité. Cela, au moment même où l’IA redéfinit les rôles et la création de valeur dans l’industrie technologique. Le paradoxe est d’autant plus frappant que le nombre de diplômées dans les filières scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques (STEM) progresse. Dès lors, une question subsiste : où sont passées les opportunités promises aux femmes depuis si longtemps par l’écosystème ? 

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