Baromètre
IA : l’Europe innove vite, mais reste trop petite pour gagner la bataille mondiale
Dévoilé le 9 février 2026 par JFD avec EY Fabernovel, le Baromètre européen de l’IA alerte sur le retard d’échelle du continent et appelle les grands groupes à s’engager pour transformer les startups IA en champions mondiaux

L’Europe produit des algorithmes, des brevets et des talents, mais peine toujours à convertir cette richesse en puissance industrielle. Dévoilé le 9 février 2026 par JFD avec EY Fabernovel, le Baromètre européen de l’IA 2026 met en évidence un décrochage structurel entre excellence scientifique et capacité de déploiement économique. Le continent concentre 15 % des publications mondiales en intelligence artificielle, devant les États-Unis et l’Inde, mais reste sept fois moins investi que les États-Unis sur le plan financier. Cette asymétrie fragilise les trajectoires de croissance des startups IA, notamment au-delà des levées de 100 millions d’euros. « Nous avons les talents et un écosystème d’innovation plus mature », a affirmé Delphine Remy-Boutang, fondatrice et CEO de JFD. À cette faiblesse du financement s’ajoute un déficit de maîtrise industrielle. L’Europe ne détient que 5 % de la puissance mondiale de calcul et reste dépendante d’acteurs non européens sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA. « La dépendance n’est pas une fatalité lorsqu’elle est pilotée », a rappelé Jean-Christophe Liaubet, membre du comité exécutif d’Innovation Leader EY France. Le baromètre souligne ainsi un paradoxe central : un continent attractif, puisque 81 % des fondateurs IA choisissent d’y rester, mais encore insuffisamment armé pour soutenir leur passage à l’échelle.
Régulation et fragmentation, un frein au passage à l’échelle
Au-delà des enjeux industriels, le Baromètre européen de l’IA 2026 pointe un environnement réglementaire qui pénalise la croissance. En cinq ans, l’Union européenne a produit près de 13 000 actes législatifs, contre 3 500 aux États-Unis, contribuant à une fragmentation des marchés nationaux. Résultat, 23 % des startups IA européennes envisagent un exil hors du continent pour accélérer leur développement. Cette pression normative contraste avec une dynamique de financement pourtant en progression. Les levées de fonds en Europe ont atteint 55 milliards d’euros en 2025, en hausse de 18 %, portées par un quart des investissements mondiaux désormais captés par l’IA. « L’autonomie technologique n’est pas un repli sur soi, c’est une condition de compétitivité », a souligné Jean-Christophe Liaubet. Le baromètre met ainsi en lumière un risque systémique : sans simplification et sans débouchés industriels suffisants, l’Europe continuera à former des champions… pour d’autres écosystèmes.
Le cap des 9 %, quand la demande privée devient stratégique
Face à ce constat, JFD et les trente dirigeants interrogés ont formulé une proposition opérationnelle. Le baromètre fixe un objectif clair : porter à 9 % la part des achats privés innovants réalisés auprès de startups européennes d’ici deux ans, afin d’aligner la dynamique du secteur privé sur celle de la commande publique. Aujourd’hui, cette dernière atteint 9 % en Europe, contre 20 % aux États-Unis et 25 % en Corée du Sud. « Ce qu’il faut maintenant, ce sont des contrats et des alliances pour réussir le scale-up », a déclaré Delphine Remy-Boutang, fondatrice et CEO de JFD. L’enjeu est de dépasser la logique du proof of concept pour bâtir des partenariats industriels durables, capables de structurer un tissu d’entreprises technologiques intermédiaires, à l’image du Mittelstand allemand. « La souveraineté numérique signifie la capacité à choisir et à piloter », a rappelé Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. Le baromètre positionne ainsi la commande privée comme un levier décisif de compétitivité et de rétention des talents.
Des stratégies déjà à l’œuvre dans les grands groupes
Le Baromètre européen de l’IA 2026 illustre ses conclusions par des cas concrets. Allianz France internalise ses compétences IA pour préserver sa propriété intellectuelle, tandis que Carrefour déploie à grande échelle ses propres solutions afin de digitaliser ses magasins tout en gardant la maîtrise des données. LVMH, L’Oréal Groupe ou FDJ UNITED misent sur des architectures hybrides et des stratégies multi-modèles pour limiter les dépendances critiques. « La maîtrise de la chaîne de valeur est devenue un avantage compétitif mesurable », a analysé le membre du comité exécutif d’Innovation Leader EY France. Ces choix traduisent un changement de paradigme. L’IA n’est plus un simple levier d’optimisation, mais un actif stratégique intégré au cœur des modèles économiques. « La souveraineté se construit par des choix industriels concrets », a rappelé Delphine Remy-Boutang. En filigrane, le Baromètre européen de l’IA 2026 dessine une ligne claire : sans un engagement massif du secteur privé pour créer la demande, l’Europe restera une terre d’innovation brillante, mais structurellement sous-dimensionnée face aux géants mondiaux.






