REF du Medef

Le numérique cherche encore sa place dans le débat présidentiel

À huit mois de la présidentielle, la REF du Medef a pris des airs de cérémonie d’ouverture de la campagne. Entre réindustrialisation, normes et politique de l’offre, le numérique est resté largement en retrait des débats. 

Publié et mis à jour le 28 août 20265 min de lecture
Le numérique cherche encore sa place dans le débat présidentiel

Patrick martin, président du Medef

Aude Brès / Alliancy

Les chefs d'entreprise ont fait leur rentrée ce 26 août 2026. Tous se sont rejoints au stade Roland-Garros, où s’est tenu le raout annuel des adhérents du Medef : la REF. À quelques mois de l’élection présidentielle, les 20 000 têtes pensantes françaises ont eu l’occasion de confronter leurs visions pour l’avenir du pays. Seul, au centre de la salle où se sont déroulés de nombreux matchs mythiques, le président du Medef, Patrick Martin, a posé un diagnostic offensif. Le patron des patrons a dénigré la politique menée ces cinq dernières années et pointé ses conséquences économiques. À l’heure où le taux de chômage est le plus haut depuis 2020 et où l’emploi des jeunes se fait difficile, selon lui le courage est de mise pour les entrepreneurs. L’évènement s’est donc imaginé autour de cette thématique.   

Décrivant l’Europe et la France comme "fragilisées", Patrick Martin a réclamé des actions collectives fortes. « Soyons des militants de l’entreprise », a-t-il argué d’un ton fervent, allusivement adressé aux candidats de la prochaine élection présidentielle. Il a prôné un libéralisme accru et critique l’interventionnisme du gouvernement. "Si l’étatisme était la solution, nous serions champion du monde", a-t-il ironisé. Il a ajouté regretter que la "chape de plomb" imposée par l’État n’ait pas permis de les protéger des cyberattaques. C’est ici une des rares mentions faites au numérique dans un discours de près de 45 min. De quoi décevoir certains patrons du secteur. Pour Olivier Lambert, PDG de Vates, "c’est un levier formidable pour l’économie, alors on s’attendait à ce que la tech soit un peu plus au centre".

Quand la réindustrialisation éclipse la tech 

La question de l’industrialisation, elle, a peut-être été la plus abordée. Via Patrick Martin, mais aussi son homonyme, ministre délégué chargé de l’industrie, Sébastien Martin. Lors d’une table ronde intitulée "Produire ou périr", ce dernier a défendu la préférence européenne, sous les applaudissements d’un public conquis. Si l’idée plaît, le diable est dans les détails et la définition même du "Made in Europe" reste encore à clarifier. "l faut imposer des standards, mais faire très attention", a déclaré Macej Witucki, président de BusinessEurope, pointant du doigt les industries européennes dépendantes de chaînes de valeur internationale, qui pourraient être pénalisées.  

À huit mois des élections, le numérique devrait être un sujet prioritaire, surtout dans le cadre d’un débat devant des chefs et cheffes d’entreprises tous concernés.”  

— Françoise Ballet-Blu, directrice des opérations de la startup Algos

Reste que parler de normes et de standards est encore source de crispation chez de nombreux dirigeants. Le lendemain, les termes “simplification”, “déréglementation” et “suppression des normes” se sont donc sans surprise imposés au sein des prises de paroles des candidats de la droite (Bruno Retailleau, Gabriel Attal, Edouard Philippe). Jouant le jeu du Medef, les prétendants à la présidence ont axé le débat sur la politique de l’offre et l’économie de manière générale, sans qu’aucune question ne leur soit posée directement sur le numérique. Un oubli qui perturbe Françoise Ballet-Blu, directrice des opérations de la startup Algos : “À huit mois des élections, cela devrait être un sujet prioritaire, surtout dans le cadre d’un débat devant des chefs et cheffes d’entreprises tous concernés. 

Quelques percées dans un débat très politique 

Certains candidats ont tout de même su ramener la tech, plus ou moins timidement, dans leurs réponses. Marine Tondelier et Marine Le Pen, elles, ont choisi de s’abstenir. De même pour Edouard Philippe, à la différence que celui-ci s’est étendu plus longuement sur l’union des marchés des capitaux, un cheval de combat des startups françaises technologiques. Bruno Rétailleau, lui, est resté très en hauteur : les entreprises s’adaptent bien aux bouleversements technologiques actuels et l’intelligence artificielle permettra de réduire le nombre d’agents dans la fonction publique.  

Aude Brès / Alliancy

Sur ce deuxième point, il a rejoint Gabriel Attal, plus volubile sur la recherche en IA "qui doit être au rendez-vous face aux américains". Si le fond colle avec les ambitions de Jean-Luc Mélenchon, la méthode diffère. À l’occasion d’un micro-tendu à la fin du débat, Alliancy a eu l’occasion de d‘interroger le candidat LFI sur ce qu’il ferait pour le secteur de l’innovation technologique s’il était élu. “Je commencerais par remettre des sous dans la recherche et dans le CNRS”, a-t-il déclaré abruptement, critiquant au passage le crédit impôt recherche (CIR) qu’il a qualifié de “grotesque et profitant aux banques et à la grande distribution”.  

Un « projet Manhattan » en plus de rediriger la commande publique

In fine, c'est Raphaël Glucksmann qui s’est emparé le plus du sujet. Et de loin. Dès sa première prise de parole, il sest révolté contre "les entreprises américaines qui transforment la France en colonie numérique » et a dit vouloir "embrasser la révolution technologique". Le candidat à la candidature socialiste n’a pas oublié le thème de la souveraineté et a affirmé vouloir imposer des taxes aux géants de la tech américaines comme manière, partielle, certes, de résorber la dette mais aussi de protéger les entrepreneurs de la concurrence déloyale. Misant fortement sur eux, il a assuré qu’un "projet Manhattan" serait nécessaire, en plus de rediriger la commande publique. 

Raphaël Glucksmann, Coprésident de Place publique

Raphaël Glucksmann, Coprésident de Place publique

Aude Brès / Alliancy

Ce n’est pas le sujet le plus vendeur, je ne pense pas que les politiques vont s’en emparer”, prédisait Nicolas Leune, fondateur de l’agence de communication YDCA, la veille du débat. Dans les discussions comme dans le complexe sportif de Roland-Garros, la place du numérique était encore trop timide. Peu de stands y étaient par exemple dédiés. Françoise Ballet-Blu tenait l’un d’eux. "Les chefs d’entreprises s’adressent à nous pour qu’on les guide dans cette jungle pour trouver l’IA pertinente", explique-t-elle. Plus loin, on pouvait trouver des conférences sur le sujet dans des salles adjacentes ou encore apercevoir Anne Le Hénanff. La ministre chargée de l’IA et du Numérique a déambulé jusqu’au petit chapiteau de la Mission French Tech pour écouter les récriminations des dirigeants de startups. Sur place, Etienne Lesoeur, directeur des affaires institutionnelles d'Eutelsat, n’a pas maché ses mots : “C’est sur l’IA, la deeptech et la fintech qu’il faut miser aujourd’hui, c’est important d’enlever ses œillères et d’en parler”.

La réunion annuelle du Medef s'est tenue au stade Roland-Garros ce 26 et 27 août 2026.
Environ 20 000 personnes se sont rendues à cette édition de la Réunion des Entreprises de France (REF).
Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise).
L'Écologiste Marine Tondelier.
Raphaël Glucksmann participera en octobre à la primaire pour représenter le parti socialiste lors de l'élection présidentielle.
Gabriel Attal (Renaissance).
Edouard Philippe (Horizons).
Bruno Retailleau (Les Républicains).
Marine Le Pen (RN).
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La réunion annuelle du Medef s'est tenue au stade Roland-Garros ce 26 et 27 août 2026.

Alliancy - Aude Brès

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