L'open source sur les rails à la SNCF

Si son SI reste aujourd’hui largement dépendant de solutions propriétaires, l’opérateur participe aux développements d’outils libres. Initiative prometteuse, il travaille conjointement avec ses homologues européens à des communs numériques destinés au secteur ferroviaire.

Publié et mis à jour le 8 janvier 2026
3 min.
L'open source sur les rails à la SNCF

Comme les autres entreprises, le groupe SNCF partage le constat sur les augmentations massives des tarifs pratiqués par les éditeurs depuis quelques années. Réagir par rapport à cette nouvelle donne reste compliqué. « Nous sommes soumis à la réglementation, ce qui suppose de passer par des appels d’offres », rappelle Simon Clavier, responsable open source de l’entreprise. Il ajoute : « Basculer sur des applications open source suppose la plupart du temps d’assurer une continuité de services. Et donc, d’assumer un double “run”. »

Si la migration vers des alternatives open source pour des applications en production demeure rare et compliquée, ce choix fait en revanche l’objet d’une attention particulière pour les nouvelles. « Nous analysons l’offre du marché et optons, si possible, pour de l’open source. Bien sûr, ce choix prend en compte la pérennité, en d’autres mots les garanties pour un maintien en conditions opérationnelles », décrit Simon Clavier. Illustration : PostgreSQL a remplacé Oracle ou SQL Server sur environ deux tiers du parc des adhérents du TOSIT aujourd’hui. « Nous travaillons avec les spécialistes de cette base de données dans une logique de partenariat », ajoute notre interlocuteur.

Implication dans des verticaux open source

Dans la perspective de réduire sa dépendance à plus long terme, la SNCF soutient depuis des années plusieurs organisations de l’écosystème open source. Le groupe adhère depuis longtemps à l’APRIL et, plus récemment, à la CNCF (Cloud Native Computing Foundation). Il a aussi été l’un des membres fondateurs de l’association TOSIT (« The Open Source I Trust »). Cela a permis le lancement de projets open source comme la Trunk Data Platform (TDP), une distribution open source basée sur Hadoop, et plus récemment OKDP (Open Kubernetes Data Platform), une suite de composants open source reposant sur Kubernetes. « Bien sûr, pour une entreprise, donner ses développements logiciels pose question. Outre la maîtrise du code et les économies sur le plan financier, l’une des réponses est d’élargir ainsi la communauté et donc le support à long terme », justifie Simon Clavier.

De l’open source par secteur industriel

Plus récemment, la SNCF a contribué à la création, en janvier 2024, de l’OpenRail Association, en collaboration avec l’UIC (Union internationale des chemins de fer), la Deutsche Bahn (Allemagne) et SBB/CFF (Suisse). Cette organisation propose un espace neutre pour le développement collaboratif de logiciels libres dans le secteur ferroviaire. « Depuis, nos homologues belges (Infrabel), norvégiens (ENTUR) et marocains (ONCF) nous ont rejoints », se réjouit Simon Clavier. L’objectif affiché est de développer des briques logicielles utilisables par tous les membres et interopérables. « Nos véritables concurrents sont en réalité la route ou l’avion : nous devons agir collectivement pour avoir un gâteau plus gros, plutôt que d’avoir individuellement la plus grosse part. Il s’agit de construire des communs numériques, de mutualiser 80 % des briques utiles dans nos métiers ferroviaires et de se différencier seulement sur les 20 % restants. Ces briques ne seront pas des boîtes noires et pourront être réutilisées par tout l’écosystème », résume Simon Clavier.

Une démarche qui s’est déjà concrétisée par des développements opérationnels. La SNCF développe le logiciel de simulation open source Railway Designer (OSRD), une sorte de jumeau numérique pour l’exploitation ferroviaire, dédié à la conception fonctionnelle de l’infrastructure, aux horaires et à l’analyse de capacité. « Cet outil simule les impacts de différents événements sur la circulation, comme des travaux par exemple. Ces simulations apportent une analyse microscopique, en termes d’horaires entre autres », détaille Simon Clavier. De leur côté, les Suisses avaient développé un outil dédié à la conception macroscopique, le projet NGE – Netzgrafikeditor –, pour simuler l’impact de contraintes comme : « je veux un train tous les 20 min vers Zurich sur cette ligne ». Les deux logiciels ayant été développés en open source, des tests et quelques développements ont validé leur interopérabilité. Ils devraient entrer en production en 2026. « Avant l’existence de l’OpenRail Association, cette collaboration aurait été hautement improbable. Ce commun numérique a fait gagner au moins deux années à toutes les parties », souligne Simon Clavier. À la SNCF, l’open source semble être sur les rails.

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