Formation – « 42 », l’école veut des créatifs

La première promotion de l’école parisienne d’informatique créée par Xavier Niel fait sa rentrée en novembre. Pour former les talents aux emplois de demain dans les TIC, elle mise sur une pédagogie « autogérée », le « peer-to-peer learning ».

Publié et mis à jour le 25 octobre 20134 min de lecture
Formation – « 42 », l’école veut des créatifs

Xavier Niel

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La première promotion de l’école parisienne d’informatique créée par Xavier Niel fait sa rentrée en novembre. Pour former les talents aux emplois de demain dans les TIC, elle mise sur une pédagogie « autogérée », le « peer-to-peer learning ».

La première promotion de l’école parisienne d’informatique créée par Xavier Niel fait sa rentrée en novembre. Pour former les talents aux emplois de demain dans les TIC, elle mise sur une pédagogie « autogérée », le « peer-to-peer learning ».

Xavier Niel, patron d'Iliad-Free[/caption]

La première promotion de l’école parisienne d’informatique créée par Xavier Niel fait sa rentrée en novembre. Pour former les talents aux emplois de demain dans les TIC, elle mise sur une pédagogie « autogérée », le « peer-to-peer learning ».

Pas de profs, pas de salle de cours : « 42 » bouleverse les habitudes de l’enseignement français. Financée* sur sa fortune par Xavier Niel, patron d’Iliad-Free, et par une fondation en cours de création, l’école est gratuite, ouverte à tous de 18 à 30 ans. La première promotion d’un petit millier d’étudiants commencera en novembre un cursus de trois ou cinq ans, dans un immeuble rénové de 4 200 m2, dans le XVIIe arrondissement de Paris.

Lors de l’annonce, en mars dernier, Xavier Niel a dévoilé ses motivations : le système éducatif français est inadapté pour former les emplois de demain, et notamment ceux de développeurs informatiques, entre une université gratuite mais éloignée des réalités et des écoles privées chères. « 42 » doit donner sa chance à de potentiels génies de l’informatique, laissés pour compte du système scolaire.

Dans le grand bain de la « Piscine »
Sur 70 000 candidats qui se sont précipités sur l’inscription en ligne, 20 000 sont allés au bout des tests cognitifs et de logique, ce qui a permis d’en sélectionner 2 500, scindés en trois groupes, pour une plongée d’un mois en « Piscine ». Parmi eux, 7 % de filles, et environ un tiers de non-bacheliers, au milieu de geeks, de programmeurs plus ou moins confirmés, d’étudiants qui cherchent leur voie.

La Piscine, c’est quatre semaines d’immersion intensive avec des séries d’exercices de programmation, individuels ou en groupe, à l’issue desquelles sera constituée la première promotion. Un processus inventé à l’école privée d’informatique Epitech, dont le fondateur, en 1999, Nicolas Sadirac, a rejoint Xavier Niel pour créer ce nouvel établissement avec Florian Bucher et Kwane Yamgnane, eux aussi transfuges d’Epitech.

Début septembre, quelques jours avant la fin de la seconde session de la « Piscine », l’immeuble tenait à la fois du camping, de l’usine à informaticiens alignés en batterie, du siège de start-up, du campus… La rampe d’escalier qui mène à la terrasse sert de sèche-serviette. Pourtant, on ne se baigne pas dans cette « Piscine » : on y dort et l’on s’y douche. Pour tenir le rythme (début des exercices à 8 h 42, rendus le soir ou le lendemain), beaucoup ont déplié sur place leurs sacs de couchage. Les journées se déroulent dans trois immenses espaces où s’alignent des centaines de Macs grand écran à peine sortis de leurs cartons.

Adrien, 23 ans, était responsable d’un magasin de jeux vidéos après avoir échoué à un bac professionnel. Lui qui n’avait aucune notion de programmation, estime, au début de sa dernière semaine en Piscine, avoir acquis des bases en langage C. L’ambiance, un peu potache, lui plaît. Apprendre aussi. « Mais c’est très dur. Les consignes sont floues, on n’a que quelques vidéos plus ou moins explicatives comme support. À nous de nous renseigner et le staff n’est pas là pour nous aider. »

La notation des exercices se fait entre candidats, de pair à pair, mais aussi par le biais d’une « moulinette » informatique. Les critères de sélection prendront en compte la réussite aux exercices tout comme la progression réalisée dans le mois, la capacité à travailler en groupe, à l’animer.

Que la singularité de « 42 », notamment l’absence de corps enseignant, lui interdise d’obtenir la reconnaissance officielle de son diplôme, ne gêne pas Nicolas Sadirac. Au contraire. « “42” est proche de la philosophie du compagnonnage : on se construit à travers des réalisations de plus en plus complexes », de meilleurs sésames pour un emploi qu’un diplôme. Pour le directeur, « la technologie participe désormais à la création de la valeur ajoutée. Ce n’est plus seulement un outil pour numériser des process existants, elle s’intègre à tous les process créatifs. »L’ambition de « 42 » est de former les « pionniers » de cette mutation : des informaticiens capables de « co-créer » les nouveaux modèles économiques.

Xavier Niel, parrain du numérique français
« 42 » n’est que l’une des initiatives de Xavier Niel pour faire progresser le numérique en France. En 2010, il lançait Kima Ventures, le fonds d’investissement dans des start-up. En 2011, il créait l’Ecole européenne des métiers de l’Internet avec deux autres stars françaises du secteur, Marc Simoncini et Jacques- Antoine Granjon. Le trio se retrouve aussi dans l’initiative « 101 projets », lancée en juin (25 000 euros pour 101 projets d’entreprises « étonnants »). Xavier Niel serait aussi le principal investisseur du projet de transformation de la Halle Freyssinet, dans le XIIIe arrondissement, en incubateur géant, le futur drapeau du Paris numérique.

* 20 millions d’euros pour sa création et 70 autres millions pour son fonctionnement les dix prochaines années.

Cet article est extrait du n°5 d’Alliancy, le magDécouvrir l’intégralité du magazine

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