Hatem Oueslati (Ioterop) : « L’interopérabilité est indispensable au déploiement d’IoT industriel »

Ioterop vient de signer un partenariat avec le groupe PSA pour des solutions d'activation à distance de nouvelles options dans ses véhicules. Une première pour la startup montpelliéraine, qui habituellement est spécialisée dans le marché des compteurs connectés. Alliancy s’est entretenu avec le fondateur Hatem Oueslati pour qu'il nous livre sa vision des enjeux IoT dans l'industrie automobile.

Publié et mis à jour le 29 juillet 2020
4 min.
Hatem Oueslati (Ioterop) : « L’interopérabilité est indispensable au déploiement d’IoT industriel »

Hatem Oueslati, fondateur d'Ioterop.

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Hatem Oueslati, fondateur d'Ioterop.[/caption]

Alliancy. Quel est le cœur d’activité d’Ioterop et dans quels secteurs opère-t-elle ?

Hatem Oueslati. J’ai fondé Ioterop en 2016 avec deux autres collègues d’Intel. Nous sommes tous les trois des spécialistes en cybersécurité et objets connectés. Et pour renforcer notre expertise et notre légitimité sur le marché de l’IoT, nous faisons aussi partie du consortium Open Mobile Alliance qui érige des normes et des standards internationaux pour la téléphonie mobile pour faciliter l'interopérabilité.

Ces standards sont essentiels pour la sécurisation et la gestion à distance du déploiement massif d’objets connectés. Et à partir de cette base, nous fournissons des logiciels aux entreprises qui souhaitent chiffrer leurs données et configurer automatiquement toute la gestion du cycle de vie d’un produit. Cette technologie s’appelle OMA Lightweight M2M et c’est le principal protocole de gestion et de maintenance opérationnelle à distance.

quel avenir pour Ioterop ?

Avec son équipe de 20 personnes sur Montpellier, Ioterop compte recruter dix autres collaborateurs d’ici l’année prochaine. En fin d’année dernière, elle a bouclé une levée de fonds d’1,5 million d’euros pour accroître son développement à l’international et renforcer ses équipes commerciales et de R&D. La majorité de son chiffre d’affaires provient de l’étranger.

Les secteurs d’activité les plus porteurs pour nous sont les compteurs connectés pour la gestion de l’eau, le gaz ou l’électricité. Ce domaine concerne directement la smart city et nous travaillons par exemple avec l’entreprise américaine Itron sur la question de l’éclairage public intelligent à Paris.

Ensuite, il y aussi l’industrie logistique et sur ce secteur nous assurons notamment la gestion des conteneurs maritimes connectés de l’entreprise marseillaise Traxens. Et enfin, l’industrie automobile, avec l’officialisation récente de notre partenariat avec PSA pour leur fournir des solutions de gestion à distance des véhicules.

Quelles sont les spécificités de l’industrie automobile en matière d’IoT ?

Hatem Oueslati. C’est la première fois que nous approchons l’industrie automobile pour déployer nos solutions. Nos logiciels sont déjà conçus pour adresser plusieurs segments de marché mais nous avons quand même fait quelques ajustements notamment sur l’aspect sécuritaire, qui est d’autant plus important dès lors qu’il s’agit de voitures connectées. Nous avons donc dû faire beaucoup de tests pour assurer que les données transmises des objets connectés jusqu’au cloud soient bien chiffrées.

Nos algorithmes de chiffrement sont robustes et comme je l’ai précisé plus tôt, nous nous appuyons sur des standards reconnus mondialement. C’est primordial pour l’industrie, en particulier automobile. L’objectif de notre solution c’est d’être le plus efficace possible. L’enjeu c’est, en fonction de la qualité de bande passante d’un véhicule, de pouvoir assurer efficacement l’activation d’options et la mise à jour de certains systèmes à distance des voitures de PSA.

Concrètement, notre objectif est d’activer de nouveaux services aux conducteurs, notamment la mise à jour des zones de danger en temps réel qui étaient jusqu’à présent activées de manière statique. Nous proposons aussi une mise à jour du système des véhicules à distance, ce qui signifie qu’il n’y a pas besoin de venir au garage pour le faire en présentiel.

Il y a une révolution en marche dans l’industrie automobile car les technologies évoluent vite. C’est indispensable de se mettre à jour au fur et à mesure, à l’image des smartphones qui le font de manière régulière, sans que l’utilisateur n’ait besoin de s’en occuper. Il y a aussi un enjeu sécuritaire en jeu et le niveau d’attente des conducteurs va s’intensifier. Mais tous ces projets d’accélération sur l’IoT ne pourront voir le jour sans interopérabilité entre les différentes infrastructures.

Donc un projet IoT n’est pas viable si l’interopérabilité n’est pas assurée ?

Hatem Oueslati. Prenons par exemple la smart city. L’enjeu est de permettre de réduire les consommations énergétiques des bâtiments et de faire des économies d'échelle. Ce sont des axes de développement très forts pour Ioterop mais cela est rendu possible seulement si l'interopérabilité entre les compteurs connectés est assurée. Notre positionnement c’est de délivrer des standards agnostiques de la connectivité, où tous les réseaux sont pris en compte. L’interopérabilité est indispensable au déploiement de masse d’objets connectés, en particulier dans le monde industriel.

Cette tendance a été confirmée par la période de confinement puisque par exemple, les agents de maintenance ne pouvaient plus se déplacer. Dans ce cas, les objets connectés deviennent indispensables et toutes les industries doivent accélérer sur ce sujet pour mieux gérer leur activité à distance.

Les entreprises ont-elles pris conscience de ces enjeux ?

Hatem Oueslati. Nous avons constaté plus de demandes depuis la crise, en particulier dans la région Asie-Pacifique. C’est également lié à l’avènement des réseaux cellulaires type 5G, qui se déploient d’ailleurs beaucoup plus vite aux Etats Unis, en Asie-Pacifique et en Scandinavie. Du côté de la France, les entreprises sont très centrées sur les protocoles Lora et Sigfox. Elles prennent beaucoup de retard sur l’adoption des nouveaux protocoles. Cela reste pour autant fondamental et les plus attentistes d’entre elles risquent de louper le train.

C’est donc tout naturel que PSA s’appuie sur notre expertise mondiale dans ce domaine. Notre objectif est d’accélérer le déploiement des objets connectés dans l’industrie et, de manière générale, c’est dans leur intérêt de s’y mettre.

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