María Naya-Plasencia (Inria) : “La cryptographie post-quantique considère que l’attaquant aura un ordinateur quantique”

María Naya-Plasencia est une chercheuse spécialisée en cryptographie. Depuis 2012, elle fait partie de l’Inria dans l’équipe-projet Secret pour analyser la sécurité des systèmes cryptographiques symétriques dans un univers postquantique. Elle est d’ailleurs récompensée cette année avec le prix Inria “Académie des sciences du jeune chercheur”. Alliancy s’est entretenu avec elle pour comprendre les enjeux de cybersécurité à l’ère de l’informatique quantique.

Publié et mis à jour le 20 janvier 2020
3 min.
María Naya-Plasencia (Inria) : “La cryptographie post-quantique considère que l’attaquant aura un ordinateur quantique”

María Naya-Plasencia © Inria - Photo G. Scagnelli

Alliancy Connect

Alliancy Connect

María Naya-Plasencia est une chercheuse spécialisée en cryptographie. Depuis 2012, elle fait partie de l’Inria dans l’équipe-projet Secret pour analyser la sécurité des systèmes cryptographiques symétriques dans un univers postquantique. Elle est d’ailleurs récompensée cette année avec le prix Inria “Académie des sciences du jeune chercheur”. Alliancy s’est entretenu avec elle pour comprendre les enjeux de cybersécurité à l’ère de l’informatique quantique.

Alliancy : Quel est votre principal axe de recherche ?

[caption id="attachment_73627" align="alignleft" width="300"]

María Naya-Plasencia © Inria - Photo G. Scagnelli[/caption]

María Naya-Plasencia : Mon principal axe de recherche est l’analyse des failles de la cryptographie symétrique (utilisant la même clé pour chiffrer et déchiffrer une information, ndlr). En 2016, j’ai reçu une bourse européenne de la part du European Research Council pour soutenir les travaux de notre équipe-projet Secret à l’Inria de Paris (projet QUASYModo). Cette aide nous a permis de poursuivre nos recherches de cryptanalyse quantique. Autrement dit, analyser les failles à venir de la cryptographie symétrique. Il y a deux mois, l’équipe-projet Secret est devenue Cosmiq. Cosmiq s’inscrit dans la continuité de Secret mais en poussant un peu plus la recherche quantique. Il y a de nouveaux chercheurs dans notre équipe qui sont spécialisés dans les théories de l’information quantique. Ils viendront donc renforcer notre expertise en termes de cryptanalyse quantique. Il n’y a pas encore beaucoup d’équipes de recherche spécialisées sur ce domaine mais c’est un sujet d’actualité de plus en plus important.

À quoi sert la cryptographie post-quantique ?

La cryptographie post-quantique considère que l’attaquant aura un ordinateur quantique. C’est une éventualité qu’il faut impérativement envisager car même si les ordinateurs quantiques sont encore très petits aujourd’hui, il y a beaucoup d’argent investi. On ne se demande plus si l’ordinateur quantique va arriver mais plutôt quand. Nous sommes impatients de voir cette technologie apparaître. Mais notre rôle est de se préparer contre toutes les attaques de télécommunications, imaginer l’attaquant le plus puissant possible et de manière prospective. Nous passons beaucoup de temps à attaquer nos primitives (algorithmes cryptographiques de bas niveau sur lesquels reposent le système de sécurité informatique, ndlr) cryptographiques pour vérifier qu’elles soient sûres.

Alliancy Connect : j'actionne cet article !

Ce sujet est une priorité ? Vous aimeriez rencontrer la personnalité interviewée ? Vous souhaiteriez partager votre expérience sur le sujet ?

À quel point l’écosystème de la sécurité soutient-il ce type de recherche ?

La cryptographie est absolument nécessaire pour assurer la sécurité informatique, c’est une brique hyper importante qui doit être développée par des experts. C’est pourquoi nous travaillons avec les institutions en charge de fixer les standards internationaux de chiffrement. Ces organes de référence comme le NIST (National Institute of Standards and Technology) font des recommandations sur les primitives à utiliser. Nous sommes très impliqués dans les processus de promotion de ces primitives pour s’assurer que les fonctions cryptographiques soient bien issues de la communauté. Pour qu’elles soient efficaces, il faut qu’elles soient connues du public et puissent être étudiées par un grand nombre d’experts. Bien sûr, il y a des équipes du privé qui participent à ce processus - et l’hétérogénéité des acteurs est très bénéfique - mais il est important que le monde académique soit impliqué. De toute manière, les chercheurs travaillant pour le privé sont souvent issus du monde de la recherche.

Autres articles

CCI : les failles numériques de la gestion de crise sortent des flammes

INCENDIES EN GIRONDE

CCI : les failles numériques de la gestion de crise sortent des flammes 

Après les incendies de l'été 2026 en Gironde, Nicolas Bonnet, directeur général de CCI France, propose un dispositif national de gestion de crise, sur fond de fragilités numériques et de coupes budgétaires. 

Les 5 étapes de migration post-quantique pour les DSI

Menace quantique

Les 5 étapes de migration post-quantique pour les DSI 

L’ordinateur quantique n’est pas attendu avant 2035, mais la migration doit démarrer dès maintenant. Le Clusif et l’Anssi détaillent les cinq étapes à suivre, de la gouvernance au suivi.

Genci veut prémunir la recherche contre la vassalisation cognitive

calcul souverain

Genci veut prémunir la recherche contre la vassalisation cognitive

Nouveau PDG de Genci, Michaël Krajecki a alerté au Forum Teratec, sur la dépendance de la recherche aux IA étrangères, en misant sur Alice Recoque et l’AI Factory France.

Sanctions contre la CPI et serveur saisi à Amsterdam, qui peut encore dépendre d’un logiciel américain ?

alternative européenne

Sanctions contre la CPI et serveur saisi à Amsterdam, qui peut encore dépendre d’un logiciel américain ?

Après les sanctions contre la CPI et la saisie d’un serveur à Amsterdam sur demande de Washington, l’outil EU Sovereignty Score a noté 6 877 éditeurs de logiciels. Le plus souvent, une alternative européenne existe.

Collaborateur augmenté : IA et RH au service du business

ARTICLE PARTENAIRE

Collaborateur augmenté : IA et RH au service du business

À l'approche du Data & AI Leaders Summit Paris, François Fleutiaux, CEO Euromed d'Inetum, partage ses réflexions sur l’émergence du collaborateur augmenté et ses conséquences pour les organisations. Pour lui, l'IA transforme les métiers, et il revient aux entreprises d'en fixer le cadre.


Préférences de consentement