Portrait – Pierre Barnabé de Bull - Dirigeant du futur

Pierre Barnabé a pris, cet été, les fonctions de directeur général délégué chez Bull, auprès de Philippe Vannier, le PDG. Un groupe actionnaire, avec SFR, de Numergy, en charge de la construction du cloud souverain du même nom.

Publié et mis à jour le 23 janvier 2014
5 min.
Portrait – Pierre Barnabé de Bull - Dirigeant du futur

Pierre Barnabé, Dirigeant du futur

[caption id="attachment_7556" align="alignleft" width="300"]

Pierre Barnabé a pris, cet été, les fonctions de directeur général délégué chez Bull, auprès de Philippe Vannier, le PDG. Un groupe actionnaire, avec SFR, de Numergy, en charge de la construction du cloud souverain du même nom.

Pierre Barnabé a pris, cet été, les fonctions de directeur général délégué chez Bull, auprès de Philippe Vannier, le PDG. Un groupe actionnaire, avec SFR, de Numergy, en charge de la construction du cloud souverain du même nom.

Pierre Barnabé, directeur général délégué chez Bull[/caption]

Pierre Barnabé a pris, cet été, les fonctions de directeur général délégué chez Bull, auprès de Philippe Vannier, le PDG. Un groupe actionnaire, avec SFR, de Numergy, en charge de la construction du cloud souverain du même nom.

Ils ont gagné une guerre ensemble. Anciens alliés, voilà Philippe Vannier et Pierre Barnabé embarqués dans le même vaisseau. Leur « Blitzkrieg » a donné naissance en six mois à Numergy, une alliance pour un cloud souverain sécurisé, avec l’appui du groupe Caisse des dépôts (CDC) *. Un enjeu national. « Le résultat d’un travail d’équipe au service du pays », dit Pierre Barnabé, avec l’accent de son Gers natal. Un mélange étonnant de fraîcheur et de détermination chez le nouveau patron opérationnel de Bull.

Joli travail : le chiffre d’affaires de Numergy aura triplé l’an prochain, en moins de dix-huit mois. « Le jour de cette signature est un de mes plus beaux souvenirs professionnels. » Pierre Barnabé dirigeait SFR Business Team, la branche entreprise de l’opérateur. Philippe Vannier était le PDG, alors très opérationnel, de Bull.

Les deux hommes s’étaient manqués quand ils travaillaient chez Alcatel dans des divisions éloignées. Ils se sont donc jaugés dans l’aventure Numergy. Puis, les choses se sont faites naturellement. Philippe Vannier, le secret redresseur de Bull, devenu son premier actionnaire, voulait prendre du recul. Il séduit Barnabé. « Philippe combine, ce qui est rare, les qualités d’un entrepreneur rigoureux et celles d’un ingénieur passionné par la techno. Et il a un vrai sens humain. » D’autant que SFR, son ancienne société, n’était plus très sûre de son avenir dans la galaxie un peu compliquée de Vivendi.

La proposition en main, Pierre Barnabé fonce tel un rugbyman du Sud-Ouest. « Bull est une marque extraordinaire, présente dans l’inconscient collectif européen. » Le voilà numéro 2 d’un acteur mythique de l’informatique française en passe de réussir sa mue après une longue histoire de (quelques) hauts et de (nombreux) bas. « Philippe se concentre sur les projets de croissance et la stratégie du groupe. Je manage le comité exécutif. Et nous formons un trio avec John Selman, le CFO [directeur financier, ndlr]. »

Snowden : le coup de pub inattendu
Bull, c’est aujourd’hui 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires (27 % dans le secteur public) et 9 300 salariés dans plus de 50 pays… Des chiffres pas négligeables pour un revenant. Le groupe doit poursuivre son repositionnement dans un univers qui change d’une année sur l’autre. Gérer et valoriser les données des entreprises publiques et privées, tel est le « motto » de Bull qui veut se positionner de plus en plus sur la sécurité, un peu la tarte à la crème du moment.

Barnabé a eu de la chance. Son arrivée coïncide avec deux tendances lourdes. D’abord l’explosion des données, ce que tout le monde appelle les big data : « On ne savait pas ce que l’on ne savait pas. On saura ce qu’on n’imaginait pas. Nous passons du What au Why. Le taux d’erreurs va diminuer. » Autre tendance : l’impératif absolu de sécurité des systèmes d’information. L’affaire Snowden n’avait pas éclaté quand il a signé pour Bull. Plus que jamais, mieux vaut stocker – et plus encore protéger ! - ses données sur le sol français ou européen.

Pierre Barnabé a pris, cet été, les fonctions de directeur général délégué chez Bull, auprès de Philippe Vannier, le PDG. Un groupe actionnaire, avec SFR, de Numergy, en charge de la construction du cloud souverain du même nom.

Pierre Barnabé a pris, cet été, les fonctions de directeur général délégué chez Bull, auprès de Philippe Vannier, le PDG. Un groupe actionnaire, avec SFR, de Numergy, en charge de la construction du cloud souverain du même nom.

Le groupe se décrit à travers quatre métiers, à la fois distincts et entremêlés : la fameuse « coopétition » où le concurrent d’un côté est partenaire de l’autre : valoriser les données, les traiter et les analyser (le fameux calcul), les stocker et les sécuriser. Bull a toujours eu pour vocation de gérer des énormes flux, à travers les supercalculateurs. Il est le « Dernier des Mohicans » européen dans un métier dominé par les américains HP et IBM, expert pour construire des infrastructures informatiques de nouvelle génération, héberger et opérer. A charge d’y mettre désormais le plus de valeur ajoutée. Le groupe intègre des applications de tiers, en assure la maintenance.

Mais Bull se veut surtout expert de la sécurité des entreprises, un métier qui requiert une expertise à la fois du hard et du soft. Un produit spectaculaire résume cette ambition : un smartphone sécurisé, le Hoox, avec des « chipset » maison, protégé par empreinte cryptographique, qui sera vendu environ 2 000 euros. « La sécurité va devenir notre marque de fabrique partout. Nous devenons un expert de la gouvernance des données. » Pierre Barnabé aime son pays, qu’il sert en dirigeant Bull : « J’aime le côté rebelle des Français. Mais il faut le canaliser : c’est une valeur qui peut être créatrice ou destructrice. » Il est à la fois passionné et soigneusement maîtrisé. Il parle beaucoup, mais en dit peu sur lui-même : deux enfants, le goût du marathon, une vie de famille équilibrée. « J’ai un process management serré, mais j’aime l’aventure collective humaine. Susciter un collectif tendu vers des objectifs pour obtenir des résultats. Même chez Alcatel où c’était très tendu, on peut créer des liens par un projet partagé. Et le collectif doit retrouver ses valeurs incarnées dans les leaders. » Un patron normal : Pierre Barnabé serait presque une sorte d’extraterrestre. Ou bien l’incarnation des managers de demain.

* Le capital de Numergy est détenu à 46,7 % par SFR, 33,3 % par CDC et 20 % par Bull.

Cet article est extrait du n°6 d’Alliancy, le mag – Découvrir l’intégralité du magazine

Photo : Olivier Roux pour Alliancy, le mag

Autres articles

La dépendance numérique se fabrique aussi dans les organigrammes

Chronique

La dépendance numérique se fabrique aussi dans les organigrammes

On parle d’infrastructures et de contrats quand on évoque la dépendance numérique. On parle moins des compétences qui permettent de les évaluer, de les challenger et, le cas échéant, d’en sortir. Or une organisation perd sa maîtrise numérique lorsqu’elle perd les personnes capables de juger ses choix.

La Cour des comptes pousse les ministères vers le libre

Bureautique de l’État

La Cour des comptes pousse les ministères vers le libre

L’État a dépensé 100 M€ en 2025 pour sa bureautique, dont 80 % des licences chez Microsoft. La Cour des comptes réclame une bascule vers le libre en mode cloud d’ici trois à quatre ans.

Quand la donnée commerciale devient un enjeu de leadership pour le CDO

Défi d’un nouveau monde

Quand la donnée commerciale devient un enjeu de leadership pour le CDO

Le leadership du chief data officer se joue-t-il encore dans la construction des fondations data, ou dans sa capacité à transformer la donnée en levier de création de valeur pour l’IA ?

Cybersécurité et souveraineté : le grand écart des entreprises européennes

Etude

Cybersécurité et souveraineté : le grand écart des entreprises européennes 

Une enquête de Kerys Software révèle un paradoxe : si la souveraineté technologique figure parmi leurs priorités, 81 % des entreprises interrogées s’appuient sur des solutions non européennes. 

"L’enjeu principal de la deeptech est plutôt la liquidité du marché"

Interview

"L’enjeu principal de la deeptech est plutôt la liquidité du marché"

Kat Borlongan, membre du board de l’European Innovation Council (EIC) au sein de la Commission européenne, décrypte les difficultés des startups deeptech en Europe, et les signaux positifs.


Préférences de consentement