Robots humanoïdes, données... l'IA au chevet de l'industrie allemande

A la foire industrielle d'Hanovre, un robot humanoïde aux yeux bleus de la start-up munichoise Agile Robots attire les curieux et fait miroiter de nouvelles perspectives aux usines d'Allemagne, en retard dans la course à l'intelligence artificielle (IA).

Publié et mis à jour le 22 avril 20263 min de lecture
Robots humanoïdes, données... l'IA au chevet de l'industrie allemande
AFP

Le robot, baptisé "Agile One" et développé en Allemagne, ouvre devant le public une petite boite à l'aide de ses mains et y dépose un outil délicatement. Plus loin, un bras articulé visse une roue dentée sur une installation. Dopés à l'intelligence artificielle, ces robots permettent de "résoudre des problèmes industriels" et commenceront à équiper les usines allemandes dès l'an prochain, assure Rory Sexton, directeur exécutif d'Agile Robots, dans une interview à l'AFP. Les usines automobiles, déjà largement équipées en robots industriels, à bras articulés, vont être parmi les premières à adopter ces versions humanoïdes. Ces applications "physiques" de l'IA sont suivies de près en Europe, perçues comme une opportunité stratégique pour combler le retard sur les États-Unis et la Chine.

Valeur ajoutée industrielle et emplois de haute qualité

Plus de 3.000 exposants sont présents à Hanovre, où l'accent est mis sur l'IA "physique", capable d'automatiser des processus habituellement complexes et imprévisibles. Inaugurant ce rendez-vous majeur de l'industrie mondiale, et après sa visite sur le stand d'Agile Robots, le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé lundi son souhait de voir l'IA s'implanter "dans les secteurs clés de notre industrie et surtout dans les PME", afin de créer de la "valeur ajoutée industrielle et des emplois de haute qualité". Les faiblesses accumulées dans le numérique par l'Allemagne au cours des dernières décennies sont importantes, tandis que la Chine a développé ses propres innovations et dépasse aujourd'hui, dans de nombreux domaines, le "Made in Germany" dont elle était autrefois le principal client.

Friedrich Merz en a fait l'expérience lors d'une visite en Chine en février, avec une démonstration de kung-fu par des robots humanoïdes du chinois Unitree, également présent à Hanovre. "Le monde n'a pas besoin de robots qui dansent", s'amuse le patron d'Agile Robots, qui vante les tâches réalisées par ses robots dans le câblage de voitures ou l'assemblage de téléphones. Selon une enquête de la fédération du numérique Bitkom, 58% des entreprises industrielles allemandes jugent que ces robots humanoïdes peuvent combattre la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, un des nombreux maux du secteur.

Le côté obscur de la force

L'industrie de la première économie européenne, qui a perdu ces dernières années des parts de marché à l'international et a des centaines de milliers de travailleurs, dispose encore d'un "écosystème de fournisseurs" et d'une "très forte expertise en génie mécanique et en automatisation", cruciaux dans la course à l'IA, vante Rory Sexton. Un atout repose ainsi dans les "données industrielles", issues de la production des usines, abonde Antonio Krüger, directeur du Centre allemand de recherche pour l'IA (DFKI). Cette manne numérique serait d'une qualité "bien supérieure à celle des États‑Unis ou de la Chine", assure-t-il à l'AFP. Mais l'exploitation par l'IA se fait trop souvent de "manière isolée", regrette Sabine Scheunert, directrice Europe centrale chez l'éditeur de logiciel Dassault Systèmes.

Le groupe français a développé une plateforme globale pour simuler un "jumeau numérique" d'usine, ce qui éviterait "à l'avance de nombreuses erreurs", explique-t-elle. Pas de quoi convaincre tout un chacun. Sur le stand de SW Machines, figure du Mittelstand souabe spécialisée dans les machines-outils de haute précision et grande utilisatrice de l'IA, un dirigeant, Jochen Heinz, évoque aussi le "côté obscur de la force" liée à cette technologie, en référence aux "hallucinations" qui ne touchent pas que les chatbots. Avec le risque de mettre en danger les usines, par exemple via de mauvaises consignes de réparations ou une détection d'anomalie erronée, explique-t-il. Ailleurs sur le salon, l'intégration de l'IA dans les procédés industriels reste loin de constituer un eldorado. Les solutions présentées à Hanovre "intéressent peu" la PME du sud-ouest du pays, Ganter Norm, spécialisée dans tous types de poignées à usages industriels.

Mais elle prévoit néanmoins de se doter bientôt d'une "stratégie IA".

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