Chronique

Futur des ESN : les choix qui font la valeur 

Faire évoluer une culture d’ingénieurs, choisir ses expertises, financer les talents : au rendez-vous Numeum et KPMG du 6 octobre, les dirigeants ont donné un visage à la transformation des ESN.

Publié et mis à jour le 8 octobre 2026
6 min.
Futur des ESN : les choix qui font la valeur

Rendez-vous des ESN et ICT, organisé par Numeum et KPMG au Théâtre Mogador, le 6 octobre 2026

Sylvain Fievet / Alliancy

Au Théâtre Mogador, mardi 6 octobre, j’ai entendu des dirigeants parler de ce qui engage leur entreprise : la fierté d’un métier, l’autonomie des équipes, les investissements à préserver. Charles Mauclair, président du collège ESN-ICT de Numeum et directeur général du Groupe SII, a posé le cadre d’une mutation structurelle en cours et les témoignages lors de cette soirée de présentation de l'étude Grand Angle menée par Numeum et KPMG sur le sujet, l'ont bien mise en lumière. C’est précisément ce que je cherche à éclairer moi-même dans les portraits de cette chronique « Piloter une ESN » : le moment où une conviction devient un choix d’organisation, de recrutement ou de développement. 

Cette soirée fait également écho aux travaux que nous menons chez Alliancy sur le futur des ESN avec Normann Hodara et Olivier Sztabowicz. Nous y confrontons les expertises et les offres aux attentes des donneurs d’ordre, en interrogeant les alliances qui permettent d’y répondre. Ma conviction se précise d'ailleurs bien au fil de tous ces échanges : la valeur d’une ESN commence dans le problème qu’elle choisit de résoudre. Elle se construit ensuite dans l’entreprise tout entière. 

Engager le dirigeant dans la transformation du métier 

Qu'est-ce qui m'a marqué, mardi dernier ? Chez SFEIR, Xavier Muller a décrit une transformation qui touche à la fierté de l’ingénieur. Faire produire le code par la machine modifie le geste professionnel, le rôle dans l’équipe et les perspectives de carrière. Le président de SFEIR a raconté une démarche portée avec sa direction générale, jusque dans les processus et la gestion des compétences. C'est une responsabilité majeure du dirigeant : donner aux équipes de nouvelles raisons d’être fières de leur contribution. 

En recevant le Coup de cœur du jury, il a également souligné l’importance de confronter les convictions entre pairs. Cette attitude rejoint notre façon de travailler : mettre une vision à l’épreuve des expériences, des clients et des partenaires. La qualité de cette confrontation donne de la solidité aux décisions. 

De son côté, Jean-Claude Noguès, président de DATASOLUTION, récompensée pour sa transformation interne, a relié indépendance et agilité à une culture d’expérimentation. Son témoignage invite à regarder l’organisation de près : quelle latitude donne-t-elle aux équipes pour essayer ? Comment transforme-t-elle un apprentissage local en capacité collective ? 

Chez Open, Frédéric Sebag a défendu une approche industrielle de la transformation, fondée sur l’outillage et la capitalisation de l’expérience des projets. C'est clairement selon moi un enjeu central pour le futur des ESN : transformer les savoir-faire accumulés en une capacité collective, mobilisable d’un client à l’autre. La valeur se construit aussi dans cette aptitude à rendre l’expertise réutilisable et à organiser sa transmission au sein des équipes. 

Être choisi pour un problème que l’on sait résoudre 

Le prix de l’offre disruptive remis à Equans est également significatif en ce sens. Equans Digital a présenté un travail de prédiction des rendements dans l’industrie sucrière, combinant données historiques et prélèvements de suivi de production. L’expertise prend ici le langage du métier : comprendre le processus, anticiper son comportement et éclairer une décision industrielle. 

Damien Nuyttens, d’Edenred, a pour sa part donné un autre repère tout aussi précis : dans la relation client, la résolution effective de la demande compte. Il attend de ses partenaires une connaissance approfondie des processus et une maîtrise actualisée des solutions. Pour une ESN, cela engage la définition même de l’offre et la manière d’en démontrer l’utilité. 

Dans nos échanges sur le futur des ESN, je reviens souvent à cette observation : le client cherche les deux ou trois sujets sur lesquels son partenaire peut faire une différence. Avec Normann et Olivier, nous travaillons cette articulation entre expertise, offre et accès au marché. Elle demande des choix : où approfondir son savoir-faire, avec qui compléter sa réponse, quelles preuves apporter ? Un retour d’expérience documenté devient alors un actif : il explique le résultat, ses conditions et sa portée. La promesse commerciale gagne en crédibilité lorsque les équipes savent montrer comment elles la tiennent. 

Partager la valeur pour financer les compétences de demain 

Lors de la soirée de mardi, Hélène Bringer, directrice générale de Thales Services Numériques (TSN), a mis en exergue un autre défi décisif : le partage des gains doit permettre d’investir dans les outils, de former les équipes et de continuer à accueillir des jeunes. Je retrouve ici l’attention au collectif et à la voix du client que nous avions explorée dans son portrait pour « Piloter une ESN ». Sa prise de parole relie directement la négociation d’aujourd’hui aux compétences disponibles demain. Elle a évoqué un plan de formation destiné aux quelque 5 000 collaborateurs de TSN.

En parallèle, Experis France, lauréat du prix Gestion des talents, a présenté des parcours d’autoformation accessibles dès l’arrivée et ouverts à tous les métiers. Ces démarches donnent un contenu concret à l’investissement dans les talents : des ressources, des parcours et une continuité d’apprentissage. 

Jean-Philippe Couturier, de Whoz, a, lui, rappelé la difficulté de concilier rémunération au résultat et visibilité budgétaire. Pour moi, le sujet appelle une discussion entre dirigeants, achats et métiers : définir le progrès attendu, convenir de sa mesure, financer les capacités nécessaires. La qualité de cette relation conditionne la valeur que les deux entreprises pourront créer ensemble. 

Donner au client les moyens de garder la maîtrise 

La soirée a été l'occasion pour les sociétés représentées de faire passer d'autres messages sur leurs engagements et leurs préoccupations. EVERDATA, distinguée pour l’innovation responsable, a défendu l’utilisation des capacités de calcul existantes et la sobriété. SFEIR a mis en avant l’agilité entre modèles d’IA. Frédéric Sebag, pour Open, a souligné l’intérêt des alternatives open source. Philippe Colas, d’Akkodis France, a insisté sur le contrôle des infrastructures, des données et de leur usage dans les métiers. 

J’y retrouve un autre fil de nos travaux sur le futur des ESN et sur la résilience numérique : savoir assembler les expertises tout en éclairant les dépendances. Choisir un partenaire engage des coûts, une continuité de service et une liberté d’évolution. Aider le client à comprendre ces engagements, à conserver des options et à décider en connaissance de cause devient une valeur à part entière. 

Invitée de la soirée, la philosophe Gabrielle Halpern a profité de l'occasion pour interroger ce que chacun choisit de déléguer et le jugement qu’il souhaite exercer. Cette question pertinente prolonge celle que l'on pose au dirigeant d’ESN. À travers les témoignages de cette soirée, je retiens une exigence : choisir les problèmes sur lesquels l’entreprise veut faire la différence, réunir les compétences pour y parvenir et assumer les résultats. C’est à cette cohérence que se mesure une vision. La valeur se prouve dans les décisions qu’elle rend possibles chez le client. 

Les cinq prix remis lors du rendez-vous ESN et ICT 2026

Prix Lauréat
Offre disruptive Equans
Transformation interne DATASOLUTION
Gestion des talents Experis France
Innovation responsable EVERDATA
Coup de cœur du jury SFEIR

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