transition énergétique

L'essor de l'IA oblige les énergéticiens à repenser leurs réseaux électriques 

Pour les acteurs de l'énergie, l’accélération des besoins liés aux data centers transforme les priorités liées la transition énergétique. 

Publié et mis à jour le 1 juillet 20263 min de lecture
L'essor de l'IA oblige les énergéticiens à repenser leurs réseaux électriques 
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La transition énergétique entre dans une nouvelle phase. Si les objectifs climatiques, la souveraineté énergétique ou encore la compétitivité restent des moteurs de transformation, l'essor de l'intelligence artificielle s'impose désormais comme un facteur déterminant des investissements dans les infrastructures électriques. Les besoins croissants des centres de données modifient les priorités des énergéticiens, contraints d'accélérer le développement de nouvelles capacités de production tout en garantissant une alimentation continue. À VivaTech, des dirigeants d’ENGIE, d’Octopus Energy et de PCG Power ont échangé, lors d’une table ronde, sur l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur les réseaux électriques, dans un contexte de forte accélération des besoins liés aux data centers et à la transition énergétique. « La transition est portée par la souveraineté énergétique, l'accessibilité des prix, le changement climatique et désormais par la demande des centres de données », résume Clemence Fischer, vice-présidente de la stratégie du groupe ENGIE. Selon elle, cette demande est désormais suffisamment importante pour justifier à elle seule de nouveaux projets de production renouvelable. L'énergéticien développe notamment des projets consistant à implanter des data centers à proximité directe des sites de production afin de limiter les contraintes pesant sur les réseaux électriques. L'objectif est également de proposer une alimentation électrique bas carbone disponible 24 heures sur 24, grâce à la combinaison de capacités renouvelables, de batteries et d'outils de pilotage énergétique. 

Des réseaux saturés qui font du logiciel un maillon stratégique 

Pour les intervenants, le principal frein à la transition énergétique n'est plus la capacité à produire de l'électricité renouvelable, mais l'état des infrastructures électriques. Les délais de raccordement, la saturation des réseaux et la lenteur des procédures administratives ralentissent désormais le déploiement de nouveaux projets. Dans ce contexte, les logiciels et l'intelligence artificielle deviennent des briques essentielles du système énergétique. « Nous passons d'un système où quelques centaines de centrales étaient pilotées à un réseau composé de dizaines de milliards de points de consommation et de production flexibles », explique Tim Heal, directeur de la stratégie d'Octopus Energy. « Une telle complexité ne peut être gérée qu'avec des logiciels capables d'optimiser, de prévoir et de piloter le système en temps réel. » Le dirigeant cite notamment les véhicules électriques, les pompes à chaleur, les batteries domestiques ou les panneaux photovoltaïques, qui deviennent autant de ressources capables d'équilibrer le réseau. Selon lui, cette flexibilité permettra également de limiter les investissements dans de nouvelles infrastructures et, à terme, de réduire les coûts de l'électricité pour les consommateurs. 

La Chine mise sur l'énergie distribuée pour accompagner la croissance de l'IA 

De son côté, la Chine poursuit une stratégie de déploiement massif des énergies renouvelables. Selon Li Wenxuan, président-directeur général de PCG Power, le pays a déjà installé 1 400 GW de capacités renouvelables avec plusieurs années d'avance sur son calendrier initial et prévoit d'ajouter un volume équivalent d'ici à 2035. Pour autant, la multiplication des capacités de production ne suffit plus. « Le véritable défi est désormais de faire correspondre une production renouvelable intermittente avec une demande qui reste fixe, notamment celle des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle », souligne-t-il. La Chine accélère ainsi le développement de systèmes énergétiques distribués, installés directement sur les sites industriels, tout en faisant évoluer son marché de l'électricité afin de permettre aux producteurs d'énergie renouvelable de vendre directement leur production aux entreprises. Malgré des approches différentes selon les régions du monde, les trois dirigeants convergent sur un même constat : la réussite de la transition énergétique dépendra désormais autant de l'intelligence des réseaux que des capacités de production. À mesure que les besoins de calcul liés à l'IA progressent, les logiciels, les infrastructures électriques et la flexibilité énergétique deviennent des leviers aussi stratégiques que les nouvelles centrales renouvelables.