Industrie

Dassault Systèmes et Nvidia veulent standardiser l’IA industrielle autour des jumeaux numériques 

Le français Dassault Systèmes et l’américain Nvidia ont annoncé un partenariat stratégique visant à bâtir une plateforme commune d’IA industrielle. En combinant jumeaux virtuels, calcul accéléré et modèles scientifiques, les deux groupes veulent faire émerger une nouvelle génération d’outils pour l’ingénierie, la recherche et la production. 

Publié et mis à jour le 5 février 20263 min de lecture
Dassault Systèmes et Nvidia veulent standardiser l’IA industrielle autour des jumeaux numériques 

Le 3 février, à Houston, Dassault Systèmes et Nvidia ont officialisé une alliance de long terme qui dépasse le simple partenariat technologique. Les deux groupes entendent poser les bases d’une architecture commune d’IA industrielle, pensée comme un socle de référence pour l’ensemble du secteur. Au cœur du projet : la convergence entre les jumeaux numériques de Dassault Systèmes et les infrastructures de calcul accéléré de Nvidia, afin de créer ce que les partenaires décrivent comme des « World Models » validés scientifiquement.

Derrière ce concept, une ambition claire : sortir l’IA des démonstrateurs ponctuels pour l’ancrer dans les processus critiques de conception, de simulation et d’exploitation. « Nous entrons dans une ère où l’IA ne se contente plus de prédire ou de générer, elle comprend le monde réel », a résumé Pascal Daloz, directeur général de Dassault Systèmes. Jensen Huang, fondateur et patron de Nvidia, voit dans cette « IA physique » la prochaine frontière, fondée sur les lois du monde réel et sur des plateformes capables d’industrialiser ces usages à grande échelle.

Vers une architecture de référence pour l’IA industrielle

Concrètement, Dassault Systèmes s’appuie sur sa filiale cloud Outscale pour déployer des « AI factories » sur trois continents. Ces infrastructures, basées sur les dernières technologies de Nvidia, doivent renforcer les capacités de la plateforme 3DEXPERIENCE tout en garantissant confidentialité des données, protection de la propriété intellectuelle et exigences de souveraineté, devenues centrales pour les grands industriels.

Dans le même temps, Nvidia adopte les méthodes d’ingénierie système basées sur les modèles (MBSE) de Dassault Systèmes pour concevoir ses propres usines d’IA, en commençant par sa plateforme Rubin, intégrée à l’environnement Omniverse. Le mouvement est symétrique : d’un côté, Dassault Systèmes industrialise l’IA à travers ses jumeaux virtuels ; de l’autre, Nvidia injecte sa puissance de calcul et ses bibliothèques logicielles dans le cœur même des outils d’ingénierie.

Cette base technologique commune doit alimenter plusieurs chantiers stratégiques. En biologie et en science des matériaux, l’objectif est d’accélérer la découverte de nouvelles molécules et de matériaux grâce à la combinaison des modèles BIOVIA et de la plateforme BioNeMo. En ingénierie, les jumeaux SIMULIA enrichis par l’IA et les bibliothèques CUDA-X promettent des prédictions plus rapides et plus précises, directement exploitables par les équipes de conception.

Des jumeaux numériques aux « compagnons virtuels »

Dans l’industrie manufacturière, l’alliance vise aussi à généraliser les jumeaux numériques d’usines. En intégrant les briques d’IA physique d’Omniverse aux environnements DELMIA, Dassault Systèmes et Nvidia ouvrent la voie à des systèmes de production de plus en plus pilotés par logiciel, capables d’être optimisés en continu avant même d’être déployés sur le terrain.

Autre brique mise en avant : les « compagnons virtuels » intégrés à la plateforme 3DEXPERIENCE. Alimentés par les modèles Nemotron de Nvidia et par les World Models industriels de Dassault Systèmes, ces agents doivent fournir une assistance contextualisée aux ingénieurs, techniciens et chercheurs. L’enjeu n’est pas seulement de gagner du temps, mais de fiabiliser les décisions en s’appuyant sur des modèles ancrés dans la physique et les données industrielles.

Déjà partenaires de longue date, les deux groupes veulent ainsi franchir un cap et proposer un standard de fait pour l’IA industrielle. Plusieurs grands comptes, de l’agroalimentaire à l’automobile en passant par l’aéronautique, observent de près cette convergence entre simulation, données et calcul intensif. Dans un contexte où la complexité des systèmes ne cesse de croître, Dassault Systèmes et Nvidia parient sur les jumeaux numériques et l’IA physique pour devenir la colonne vertébrale des usines et des bureaux d’études de demain.

Notre événement

Autres articles

Cyber Resilience Act : Les fabricants du numériques sous la règle des 24 heures

réglementation

Cyber Resilience Act : Les fabricants du numériques sous la règle des 24 heures 

Depuis ce 11 septembre, les fabricants de produits numériques vendus dans l’UE doivent signaler certaines failles et incidents en 24 heures. Une première épreuve avant 2027. 

En France, seuls 17 % des salariés se sentent pleinement préparés à l’évolution de leur métier

étude

En France, seuls 17 % des salariés se sentent pleinement préparés à l’évolution de leur métier 

Alors que l’IA accélère la transformation des métiers, une étude de Cornerstone pointe le manque de coordination entre les directions RH et IT pour préparer les salariés aux changements.  

Éducation nationale : la doctrine cyber existe, mais son exécution reste trop inégale

Chronique

Éducation nationale : la doctrine cyber existe, mais son exécution reste trop inégale

La rentrée scolaire 2026 s'est faite dans un contexte où les perturbations informatiques qui ont touché les académies de Nantes et de Toulouse ont donné une traduction concrète à la crise cyber de l'été.

Teleperformance mis en demeure, les petites mains de la tech sortent de l’ombre

Travail vs IA

Teleperformance mis en demeure, les petites mains de la tech sortent de l’ombre 

Trois organisations mettent en demeure le français Teleperformance sur les risques encourus par ses travailleurs de la donnée. Une première en Europe qui expose le coût humain des services numériques et de l’IA. 

Pacte numérique et IA, l’État veut transformer la souveraineté en commandes

commande publique

Pacte numérique et IA, l’État veut transformer la souveraineté en commandes

Ce jeudi 10 septembre à la Station-F, David Amiel et Anne Le Hénanff ont signé le Pacte numérique et IA avec l’appui de la DINUM, le CSF et Hexatrust. Objectif : faire de la commande publique un levier industriel. 


Préférences de consentement