Vivtatech 2026
De l'automobile à l'IA, l'industrie européenne bute sur le même mur énergétique
Sans capacité de production, de stockage et de distribution suffisante, l'Europe risque de voir ses ambitions en matière d'intelligence artificielle se heurter à une limite très physique : celle des mégawatts disponibles.

« On dit souvent que ce sont les responsables politiques ou les grandes entreprises qui doivent développer les capacités de calcul mais, en réalité, c’est à nous tous de nous mobiliser », a déclaré Cedrik Neike, membre du comité de direction de Siemens, lors de VivaTech, le 18 juin 2026. La question des infrastructures d’intelligence artificielle, devenue centrale pour le développement de l’IA, appelle à une mobilisation collective des acteurs du secteur. Un enjeu d’autant plus stratégique que l’Union européenne dispose d’environ six fois moins de capacités de calcul dédiées à l’IA que son concurrent outre-Atlantique. Si la construction de nouveaux data centers est un sujet désormais bien identifié, et fait l’objet de nombreuses annonces visant à y répondre, la question de l’énergie nécessaire reste, elle, largement irrésolue.

Marjorie Janiewicz, responsable du chiffre d'affaires de Mistral AI
En Europe, le déficit structurel de la puissance
« Si nous ne résolvons pas rapidement la question fondamentale de l'énergie en Europe, nous rencontrerons de sérieuses difficultés », a averti Jens Holtinger, CTO du groupe Volvo. Le constat est partagé par Cedrik Neike : « Le principal problème reste le coût de l'énergie. » Exploiter un centre de données en Europe coûte entre 20 % et 30 % plus cher qu'aux États-Unis. Une différence qui s'explique notamment par le prix de l'électricité. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les tarifs de l'électricité industrielle pour les entreprises les plus consommatrices sont plus de deux fois supérieurs dans l'Union européenne. « Jusqu'à 158 % de plus », a même affirmé Marjorie Janiewicz, responsable du chiffre d'affaires de Mistral AI.
Pour Volvo, ce problème n’est pas nouveau. L'électrification des transports et l'essor de l'intelligence artificielle reposent sur les mêmes infrastructures énergétiques. Recharger 1500 véhicules de sa gamme commerciale nécessiterait la puissance d’une petite centrale nucléaire. « Et ce ne sont que 1 500 véhicules. Si l'on transpose cela aux centres de données, je ne suis pas certain que nous mesurions encore pleinement l'ampleur des besoins et du déficit européen », a illustré Jens Holtinger. Au-delà de la production électrique, c'est également la capacité à acheminer cette énergie qui pose question. « Produire de l'énergie est une chose, la transporter là où elle est nécessaire en est une autre », a-t-il résumé.

Jens Holtinger, CTO du groupe Volvo
Des ambitions communes, des stratégies éclatées
Le transport, comme la production d’énergie, appellent tous deux une stratégie européenne coordonnée, une vision qui fait encore défaut dans l’IA, comme elle a pu manquer dans le développement des véhicules électriques. Jens Holtinger met en parallèle la situation du Vieux Continent et celle de la Chine. Cette dernière a su orchestrer de manière cohérente véhicules électriques, infrastructures de recharge et politique énergétique dans une approche holistique. En Europe, la fragmentation est flagrante. « Ce qui me frappe le plus, c’est notre incapacité à trouver des solutions européennes à des problèmes européens. Il existe une abondance d’énergie dans les pays nordiques et en France, mais même l’Allemagne, la France et la Belgique ne parviennent pas à s’accorder sur l’implantation des centres de données. Et en Allemagne, même la Bavière, le Bade-Wurtemberg et Berlin ne réussissent pas à se mettre d’accord », déplore Sebastian Steinhaeuser, directeur des opérations de SAP.
En filigrane, tous les intervenants ont défendu la même idée : le véritable goulot d'étranglement de l'intelligence artificielle en Europe n'est plus la technologie, mais l'énergie. Et, pour le surmonter, les initiatives nationales ne suffiront pas. Face à des coûts énergétiques élevés, à la fragmentation réglementaire et aux investissements massifs nécessaires dans les infrastructures de calcul, l'Europe devra agir comme un marché unique plutôt que comme une addition d'États. Une impasse qui fait écho à celle déjà observée dans la voiture électrique : des difficultés à coordonner et un risque de décrochage face à des puissances mieux organisées.





