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Les Français craignent peu l’IA et l’utilisent encore moins
Peu utilisés dans l’Hexagone, les outils d’intelligence artificielle suscitent encore peu d’inquiétudes. Une prudence qui masque de fortes disparités selon l’âge, le genre et les métiers.

L’intelligence artificielle n’a pas encore réussi à faire descendre les Français dans la rue. Malgré les scénarios alarmistes qui annoncent une profonde recomposition du marché du travail, seuls 10 % des salariés de l’Hexagone déclarent craindre d’être remplacés par l’IA, selon le rapport People at Work 2026 d’ADP Research. Un chiffre certes en hausse de deux points sur un an, mais qui demeure particulièrement faible.
Cette sérénité apparente tient peut-être à une réalité plus prosaïque : les Français utilisent encore relativement peu ces outils. L’Hexagone figure d’ailleurs parmi les mauvais élèves en matière d’adoption. Seuls 11 % des salariés déclarent recourir à l’IA presque quotidiennement, contre 20 % à l’échelle mondiale. À l’inverse, près d’un tiers d’entre eux (29 %) n’y ont jamais recours, soit près du double de la moyenne mondiale (15 %). Quant aux utilisateurs réguliers, ils ne sont que 24 % à s’en servir plusieurs fois par semaine, contre 30 % dans le reste du monde.
Un usage de l’IA encore en retrait dans l’Hexagone
À première vue, la France semble donc accuser un certain retard. Elle se classe au deuxième rang des pays où les salariés n’utilisent jamais l’IA, derrière le Japon (43 %) mais devant la Suède (28 %). À l’opposé du classement, l’Inde (41 %), le Nigeria (39 %) et le Vietnam (36 %) affichent les taux d’utilisation quotidienne les plus élevés. « Si le taux d’adoption de l’IA varie fortement selon l’âge, le genre ou encore la taille de l’entreprise, la France n’est pas nécessairement en retard. Les moyennes mondiales sont largement tirées vers le haut par les pays en développement », nuance Carlos Fontelas de Carvalho, président d’ADP France et Europe centrale.
Les disparités ne se limitent toutefois pas aux frontières nationales. Elles traversent également les organisations et révèlent une fracture persistante entre les genres. Les hommes demeurent plus nombreux que les femmes à intégrer l’IA dans leurs pratiques professionnelles. En France, 28 % des hommes déclarent utiliser ces outils plusieurs fois par semaine, contre 20 % des femmes. À l’échelle mondiale, ces proportions s’établissent respectivement à 31 % et 29 %.
Un fossé entre hommes et femmes
À l’inverse, plus d’un tiers des femmes françaises (35 %) affirment n’avoir jamais recours à l’IA, contre 22 % des hommes. Un écart nettement plus marqué qu’au niveau mondial, où ces taux atteignent respectivement 17 % et 13 %. Cette fracture se creuse davantage encore lorsqu’elle se combine à l’âge : 45 % des Françaises de plus de 40 ans déclarent n’avoir jamais utilisé l’IA, illustrant une double ligne de fracture, à la fois générationnelle et de genre. La taille de l’entreprise constitue également un facteur déterminant. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’usage quotidien de l’IA demeure plus limité dans les grandes organisations françaises. Seuls 8 % des salariés des entreprises de plus de 1 000 collaborateurs y recourent chaque jour, contre 12 % dans les structures de taille inférieure.
L’IA, entre confiance et inquiétude chez les métiers qualifiés
L’étude met également en lumière un lien étroit entre l’utilisation de l’IA et le rapport au travail. Les utilisateurs réguliers affichent un niveau d’engagement plus élevé et se montrent plus confiants quant à la pérennité de leur emploi. Ils sont ainsi davantage enclins à considérer leur poste comme protégé d’une éventuelle suppression. « L’IA ne transforme pas seulement notre façon de travailler, elle influence également le ressenti des collaborateurs au travail. Nos données montrent que les utilisateurs fréquents de l’IA font état d’un engagement plus élevé et d’un niveau de stress plus faible. Cependant, ils se sentent aussi moins productifs », observe Nela Richardson, cheffe économiste d’ADP.
Cette perception varie toutefois selon les secteurs d’activité. Les salariés des services technologiques, de la finance et de l’assurance figurent parmi les plus nombreux à considérer que l’IA aura un impact positif sur leur emploi, aussi bien dans le monde qu’en Europe. Les professions intellectuelles apparaissent, elles, comme les plus ambivalentes face à cette révolution technologique. Ingénieurs, chercheurs ou développeurs sont parmi les plus convaincus des bénéfices de l’IA pour leur activité, bien davantage que les salariés effectuant des tâches répétitives. Mais ce sont aussi ceux qui redoutent le plus d’être un jour remplacés par elle. Comme si la proximité avec la technologie permettait d’en percevoir plus clairement à la fois les promesses et les risques.





