vivatech 2026
L'Europe a l'argent pour sa souveraineté numérique, pas encore le réflexe collectif
BNP Paribas Germany et Schwarz Digits ont défendu une souveraineté numérique fondée sur des alliances européennes. Leur diagnostic cible moins la technologie que l’incapacité du continent à agir comme une puissance unifiée.

L’Europe ne manque ni d’argent, ni de technologies, ni d’ingénieurs. Elle manque d’une chose que les États-Unis possèdent depuis longtemps : un marché capable d’agir comme un bloc. “Nous devons mettre fin aux égoïsmes nationaux”, a lancé Lutz Diederichs, CEO de BNP Paribas Germany, sur la scène centrale de Vivatech. Le sujet dépasse la coopération politique. Il touche à l’efficacité même de la stratégie numérique du Vieux continent. Réduire les dépendances numériques des vingt-sept constitue le fil rouge de nombreuses initiatives européennes. Gaia-X dans le cloud, EuroHPC dans le calcul haute performance, les IPCEI dans les technologies stratégiques ou encore les AI Factories dans l’intelligence artificielle en sont les principales illustrations. Malgré cette mobilisation, les positions dominantes ont peu vacillé. AWS, Microsoft et Google continuent de tenir les clés du marché. Les modèles d’intelligence artificielle les plus utilisés traversent l’Atlantique avant d’atterrir dans les entreprises du continent. “Nous devons arrêter de penser à travers les frontières nationales”, a plaidé Nadja Baulecke, directrice Financial Services & Insurance de Schwarz Digits. Le constat formulé sur scène prend alors une tournure plus politique qu’économique. Bruxelles sait où se situent ses dépendances mais peine encore à transformer cette lucidité en puissance industrielle. L’Europe produit des programmes. Les États-Unis, eux, produisent des géants.
L’échelle introuvable
Et construire ces géants suppose d’abord de leur donner les moyens de grandir. Schwarz a développé StackIT pour répondre à ses propres besoins avant d’en faire une offre destinée au marché européen. “Nous voulions pouvoir nous lever de la table des négociations”, a expliqué Nadja Baulecke. Ces quelques mots résument l’ambition de l’industrie européenne, celle de retrouver une marge de manœuvre face à des fournisseurs devenus incontournables. Le groupe allemand met aujourd’hui en avant sa propre infrastructure comme preuve de faisabilité. “Nous sommes notre propre client zéro”, a souligné la dirigeante. La démonstration replace la souveraineté sur le terrain de l’exécution. Pourtant, les échanges ont rapidement déplacé le centre de gravité vers le financement. “Il n’y a pas de manque d’argent”, a affirmé Lutz Diederichs. Le dirigeant a rappelé que plus de 3 300 milliards d’euros demeurent placés sur des dépôts peu investis en Allemagne.

Pour le CEO de BNP Paribas Germany, Lutz Diederichs, “Les Américains ne sont pas plus intelligents que nous. Ils prennent davantage de risques et subissent moins de contraintes réglementaires”.
Tandis que les États-Unis orientent massivement l’épargne vers les marchés et les entreprises innovantes, une large partie des ressources européennes reste stationnée dans des placements défensifs. Selon le banquier, les responsables politiques entretiennent une illusion : les systèmes publics suffiront à garantir le niveau de vie des retraités. Cette conviction réduit l’incitation à orienter davantage d’épargne vers l’économie productive. “Nous devons réunir les banques européennes autour de la même table”, a proposé Nadja Baulecke. Les technologies existent. Les capitaux aussi. La difficulté réside dans leur mise en mouvement. Personne ne gagne une course en laissant le carburant au dépôt.
La souveraineté commence à l’achat
L’argent ne suffit pourtant pas à faire émerger un marché. Encore faut-il créer la demande. Les intervenants ont ainsi ramené la souveraineté numérique à une succession de décisions beaucoup plus ordinaires qu’un plan industriel européen. “Chacun prend chaque jour des décisions qui ont un impact sur notre souveraineté”, a rappelé Nadja Baulecke. Derrière les grands discours sur l’autonomie stratégique se cachent des arbitrages quotidiens. Un fournisseur cloud. Un modèle d’IA. Une infrastructure de données. Ces choix orientent les flux économiques autant que les politiques publiques. Ils déterminent aussi la capacité des acteurs européens à gagner en densité. “Les Américains ne sont pas plus intelligents que nous. Ils prennent davantage de risques et subissent moins de contraintes réglementaires”, a estimé Lutz Diederichs. Le financement reste une condition indispensable de la souveraineté numérique. Les intervenants ont toutefois pointé un obstacle plus difficile à lever qu'une enveloppe d'investissement ou un nouveau plan européen. L'Europe dispose déjà d'une partie des ressources qu'elle cherche. Elle peine encore à les fédérer autour d'une ambition industrielle commune.





