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Qui est ChapsVision, le tombeur de Palantir au sein de l’Etat français ?

Fondé par un français, le groupe européen de data intelligence met fin à dix ans de collaboration des renseignements intérieurs avec le géant américain controversé. Méconnu du grand public, ChapsVision connait une croissance particulièrement soutenue depuis sept ans. Récit d’une success story.

Publié et mis à jour le 18 juin 20264 min de lecture
Qui est ChapsVision, le tombeur de Palantir au sein de l’Etat français ?
AFP

Ce mardi 16 juin, le service de communication de ChapsVision a été pris de court par la communication de Sébastien Lecornu. Dans une vidéo postée sur X, le Premier ministre lâchait une bombe au milieu d’annonces relatives à la stratégie de l’administration publique en matière d’intelligence artificielle. « La société française ChapsVision a été retenue par la DGSI, qui dépend du ministère de l’Intérieur, pour se substituer au géant américain Palantir. »

D’une phrase, Sébastien Lecornu mettait fin à dix ans de collaboration entre les renseignements intérieurs et l’entreprise américaine controversée. Depuis sa création en 2003 avec le soutien financier de la CIA, Palantir sent le soufre. Parmi ses fondateurs, on trouve Peter Thiel, entrepreneur milliardaire de la Silicon Valley et idéologue libertarien proche soutien de Donald Trump. Récemment, Le New York Times soupçonnait Palantir de créer une base de données géante sur les citoyens américains.

La date de l’annonce du chef du gouvernement ne doit rien au hasard. L’enjeu de souveraineté est monté d’un cran depuis le 12 juin et la décision de Washington de suspendre l'accès de « tout ressortissant étranger » aux derniers modèles d’IA d’Anthropic, Mythos 5 et Fable 5. En actionnant le fameux « kill switch », l’administration américaine montrait qu’elle pouvait priver à tout moment ses anciens alliés de services numériques.

Le nom de successeur de Palantir interroge en revanche. Cultivant jusqu’à présent la discrétion, ChapsVision est loin d’avoir la notoriété de ce dernier. Pour faire les présentations, son directeur général, Silvano Sansoni, a improvisé une conférence de presse, au salon Vivatech, au milieu du stand de la French Tech. Il a raconté « l’histoire particulière d’une entreprise en hypercroissance. »

Se présentant comme une société européenne de data intelligence, ChapsVision a été fondée en 2019 par Olivier Dellenbach, polytechnicien et serial entrepreneur à l’origine d’eFront, un éditeur de logiciels spécialisé dans la gestion d’investissements non cotés. Après la vente d’eFront, il crée ChapsVision avec l’ambition de bâtir un acteur majeur de la donnée en se positionnant sur l’analyse et le traitement de données, l’IA, la cyberintelligence et la cybersécurité.

Objectif : un milliard d'euros de revenus en 2030

Le succès est au rendez-vous. Mêlant croissance organique et croissance externe – une série de 29 acquisitions -, ChapsVision réalise, sept ans après, près de 200 millions de chiffre d'affaires, avec l'ambition d'atteindre le milliard d'euros à horizon 2030. « Rentable dès le premier jour », rappelle Silvano Sansoni, le groupe a levé sur le marché plus de 350 millions d’euros depuis sa création.

Opérant dans plus de 40 pays, la société est présente principalement en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. Employant environ 1 200 collaborateurs, dont la moitié d’ingénieurs R&D, elle accompagne les grandes entreprises des secteurs de la finance, l’industrie, l’énergie, la pharmacie, la distribution, la défense ainsi que des entités gouvernementales. Elle compte, comme références clients, Pfizer, Boeing ou Exxon.

Retenue pour la troisième année consécutive dans le French Tech Next 40, ChapsVision, dont le siège social est basé à Suresnes (92), joue la carte de la souveraineté. Un critère qui a clairement joué en sa faveur dans le cas la DGSI. Le remplacement de la plateforme Gotham de Palantir par la sienne, baptisée Argonos, ne se fera toutefois pas en un jour. Dans la phase transitoire, le contrat avec l’acteur américain se prolongera comme prévu, jusqu'en 2028.

La succession s’est d’ailleurs déroulée en plusieurs phases. Suite à l’appel d’offres lancé en 2021 par le ministère de l’Intérieur pour un « outil de traitement des données hétérogènes » (OTDH), ChapsVision a remporté, fin 2024, le lot 1, dédié à la préparation de la donnée. Cette fois, elle emporte le lot 2 qui consiste à rendre « la connaissance exploitable via la modélisation, la sécurisation et la visualisation. »

Sortir de l’effet « boîte noire »

Pour imposer sa plateforme Argonos, ChapsVision a dû montrer patte blanche. « Dans le cadre de ce marché d’innovation, nous avons passé toutes les semaines, durant l’année 2025 et début 2026, des tests liés à la performance, à la sécurité ou à l’architecture », explique Silvano Sansoni.

Le déploiement durera, lui, de 18 à 24 mois. A la différence de Palantir, utilisé par le seul ministère de l’Intérieur, le périmètre d’Argonos concernera également de nombreuses administrations. Si la DGSI reste le pilote du projet, il s’agira de couvrir les cas d’usage de différentes entités publiques et de gérer les priorités.

Italien, diplômé de l’ENA et ancien dirigeant d’IBM, Silvano Sansoni entend se démarquer de cet encombrant prédécesseur qu’est Palantir. « Champion européen à dimension internationale, ChapsVision propose une architecture ouverte, et non une boîte noire. » Ce souci de transparence prévaut aussi dans le transfert de compétences. « L’organisation cliente conserve l’expertise », assure-t-il.

ChapsVision entend capitaliser sur ce contrat avec l’Etat français pour séduire d’autres gouvernements. Son dirigeant dit être en contact avec la plupart des Etats européens mais aussi avec des pays d’Asie et du Moyen Orient qui souhaitent trouver « des alternatives technologiques aux géants américains et chinois ». Sur le Vieux Continent, l’Allemagne reste sa priorité. ChapsVision se dite également prête à travailler avec l’Ukraine pour participer à sa reconstruction.