Chronique

IA agentique : le défi des DSI n’est peut-être pas celui que l’on croit

Dans deux ans, à quoi ressembleront les directions des systèmes d’information ?

Publié et mis à jour le 13 juillet 20264 min de lecture
IA agentique : le défi des DSI n’est peut-être pas celui que l’on croit

Dans deux ans, à quoi ressembleront les directions des systèmes d’information ? Pendant longtemps, les grandes transformations technologiques ont surtout consisté à ajouter une nouvelle couche au système d'information : un ERP, un cloud, une plateforme data... À chaque fois, la DSI pouvait les orchestrer, certes, mais sans que sa propre organisation soit profondément remise en question. Depuis peu, nous entrons dans une réalité différente.

Ces dernières semaines, j’ai eu le privilège, dans le cadre du programme « What’s Next, CIO ? » d’Alliancy, de mener des échanges avec de nombreux DSI d’entreprises françaises autour d’une question clé : à quel point la nouvelle vague que nous vivons, l’agentique, change-t-elle la DSI ?

Lorsque nous avons lancé cette étude, l’un des objectifs était de mieux comprendre quels étaient les cas d’usage de l’IA pour la DSI elle-même. : assistants de développement, automatisation du support, copilotes de production, réduction des délais de livraison... Tous ces sujets ont bien été présents dans les entretiens. Les DSI expérimentent, comparent les outils, évaluent leurs premiers retours sur investissement et cherchent les domaines où l’IA apporte un bénéfice immédiat.

Mais à côté de ces enseignements, une autre conviction s’est progressivement imposée. Derrière les démonstrations technologiques et les gains de productivité se cache une transformation beaucoup plus profonde. L’IA agentique ne vient pas simplement enrichir la boîte à outils de la DSI ; elle remet progressivement en question son operating model.

Une transformation qui dépasse largement les « quick wins »

Dans les témoignages, les premiers déploiements sont relativement convergents. La plupart des DSI commencent par le support utilisateur, ou quelques étapes du développement logiciel… Ce choix n’a rien d’un hasard. Ces activités sont bien instrumentées, les indicateurs existent déjà et il est possible de mesurer relativement rapidement les bénéfices obtenus.

Mais limiter la transformation à ces premiers usages serait, à mon sens, une erreur d’analyse. Ces quick wins ne constituent qu’une étape vers une transformation plus profonde de la DSI et servent surtout de terrain d’apprentissage. Ce qui se dessine progressivement est une nouvelle manière de concevoir, produire et faire évoluer les systèmes d’information après des décennies de savoir-faire bien installés.

Au cours des entretiens, plusieurs signaux sont revenus avec une remarquable constance. C’est tout le cycle de développement d’une application qui est remis en cause. La documentation (et la retro-documentation des application existantes) redevient un actif stratégique parce qu’elle permet aux agents de produire ou maintenir un code de meilleure qualité, es spécifications prennent davantage d’importance que certaines phases de développement elles-mêmes, la manière de réaliser les test est largement revisitée et optimisée. Toutes les phases du cycle de développement sont concernées et ainsi la valeur apportée par l’intelligence humaine se déplace nettement vers l’orchestration de l’ensemble.

Pour télécharger l'étude Alliancy "L’IA générative et agentique au service de la DSI en 2026", cliquez ici

Une remise en question de tout l’écosystème informatique

Cette évolution a forcément des effets en cascade, qui dépassent les équipes internes. Les échanges que j’ai pu avoir montrent que les relations entre les DSI, leurs partenaires et les métiers commencent, elles aussi, à évoluer.

Plusieurs responsables expliquent par exemple avoir engagé des discussions avec leurs ESN afin d’intégrer les gains de productivité liés à l’IA dans leurs contrats. D’autres interrogent plus directement les promesses des grands éditeurs autour de leurs fonctionnalités d’intelligence artificielle. Ces phénomènes, pris isolément, pourraient sembler anecdotiques. Ensemble, ils dessinent pourtant une recomposition progressive de toute la chaîne de valeur de l’IT, où les frontières traditionnelles entre DSI, métiers, acheteurs, intégrateurs, éditeurs deviennent plus poreuses.

L’IA un sujet de stratégie et d’organisation

Je suis également ressorti de mes entretiens avec l’idée que les DSI les plus avancées ne sont pas forcément celles qui parlent le plus des modèles d’IA. Elles évoquent avant tout la gouvernance, les compétences ou encore l’évolution des contrats avec leurs partenaires. Elles considèrent l’IA comme un sujet de stratégie et d’organisation. Cette approche explique sans doute pourquoi elles insistent davantage sur la conduite du changement. Beaucoup rappellent que les gains de productivité ne produiront de valeur durable que s’ils s’accompagnent d’une évolution des processus, des modes de collaboration et des compétences.

Prudence sur la « DSI autonome »

Bien sûr, l’étude que nous avons réalisée ne prétend pas décrire une « DSI autonome » où les agents remplaceraient soudainement les équipes informatiques. Les responsables interrogés se montrent d’ailleurs très prudents sur cette perspective, pour de nombreuses raisons. En revanche, ils convergent largement sur un autre point : l’IA agentique modifie déjà la façon dont les directions informatiques conçoivent leur rôle, organisent leurs activités et interagissent avec leur écosystème.

Le débat actuel ne porte plus sur l’usage de l’IA en tant que telle, mais plutôt sur le « comment ». Comment gouverner ces nouveaux outils pour produire de la valeur à long terme, faire évoluer les compétences, tout en préservant la maîtrise du SI ? C’est cette réflexion que nous avons souhaité ouvrir à travers cette enquête, en donnant la parole à celles et ceux qui expérimentent déjà ces transformations au quotidien, avec leurs réussites, leurs interrogations et parfois aussi leurs doutes, alors que la DSI devient son propre chantier de transformation. Une analyse que j’entends bien compléter avec nos deux autres études « What’s Next, CIO ? » à venir d’ici fin 2026.

Lire l'étude What's next, CIO ? , d'Alliancy sur le même sujet

Etude L’IA générative et agentique au service de la DSI en 2026

L’IA générative et agentique au service de la DSI en 2026
Enjeux, maturité et feuille de route des DSI en 2026

L'IA ne transforme plus seulement les métiers : elle transforme désormais la DSI elle-même. Développement, support, cybersécurité, gouvernance, relation avec les ESN, compétences… c'est tout l'operating model de la fonction IT qui est en train d'évoluer.

Dans cette première étude What's next, CIO ? en 2026, découvrez les enseignements issus d'entretiens approfondis menés avec une douzaine de CIO de grandes organisations françaises, réunis par Alliancy autour d'un même objectif : comprendre comment les DSI les plus avancées préparent dès aujourd'hui leur transformation.