paradoxe européen

Les champions cyber européens naissent sur place... mais grandissent ailleurs

L'European Champions Alliance publie une cartographie de 1 302 entreprises cyber européennes. Malgré un marché en croissance, l'Europe peine toujours à conserver ses acteurs stratégiques. 

Publié et mis à jour le 8 juillet 20262 min de lecture
Les champions cyber européens naissent sur place... mais grandissent ailleurs
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Les entreprises européennes savent innover. Encore faut-il qu'elles puissent rester européennes. C'est le constat qui se dégage de la nouvelle cartographie de la cybersécurité publiée par l'European Champions Alliance. L'association recense désormais 1 302 entreprises réparties dans seize segments de marché, contre 828 un an plus tôt. Cette progression témoigne d'un tissu entrepreneurial dynamique, porté par une demande croissante en cybersécurité et par un cadre réglementaire de plus en plus exigeant. Malgré une innovation reconnue, l'Europe peine toujours à faire émerger des leaders capables de rivaliser à l'échelle mondiale. Faute de financements suffisants pour franchir le cap de l'hypercroissance, plusieurs acteurs stratégiques passent sous contrôle étranger, alimentant un débat devenu central autour de la souveraineté numérique. 

Le paradoxe européen perdure 

Selon l'ECA, le marché européen de la cybersécurité représente désormais entre 70 et 75 milliards d'euros et pourrait plus que doubler d'ici 2033. Pourtant, cette dynamique économique ne se traduit pas par l'émergence de grands consolidateurs européens. L'organisation souligne que les acquisitions de Hornetsecurity par Proofpoint ou encore de Darktrace par le fonds américain Thoma Bravo illustrent une tendance de fond. Les technologies sont développées en Europe, mais la création de valeur et le contrôle des actifs stratégiques migrent progressivement hors du continent. Ce constat dépasse la seule question financière. À mesure que les réglementations comme NIS2 ou DORA renforcent les exigences de résilience, la maîtrise des fournisseurs technologiques devient un enjeu industriel autant que géopolitique. Dans ce contexte, la capacité de l'Europe à conserver ses entreprises les plus stratégiques apparaît désormais comme une composante de son autonomie numérique. 

Une fragmentation qui freine le passage à l'échelle 

Au-delà des acquisitions, la cartographie met en lumière un marché encore très éclaté. Les solutions demeurent dispersées dans plus d'une vingtaine d'écosystèmes nationaux, compliquant aussi bien les choix des RSSI que les stratégies de coopération entre industriels. L'enjeu n'est donc plus uniquement de créer des start-up innovantes, mais de construire un véritable marché intérieur capable de soutenir leur développement. En structurant ces 1 302 acteurs au sein d'un référentiel commun, l'ECA entend apporter davantage de visibilité aux acheteurs, aux investisseurs et aux décideurs publics. Reste que la cartographie, aussi exhaustive soit-elle, ne répond pas à la principale faiblesse identifiée par ses auteurs. Tant que les financements de croissance et les opérations de consolidation resteront majoritairement pilotés hors d'Europe, le continent continuera de voir partir les entreprises qu'il contribue lui-même à faire émerger. Un défi qui dépasse la seule cybersécurité pour toucher à la compétitivité technologique européenne dans son ensemble.