règlement

Le CADA veut imposer la souveraineté cloud dans les administrations européennes 

La Commission européenne a proposé le 3 juin 2026 un règlement pour encadrer les usages du cloud et de l'IA dans le secteur public des 27 États membres. Le texte est encore au stade de la négociation. 

Publié et mis à jour le 12 juin 2026
3 min.
Le CADA veut imposer la souveraineté cloud dans les administrations européennes 

Plus de 70 % du cloud européen est entre les mains de trois entreprises américaines. Bruxelles vient de poser le premier cadre législatif pour en sortir. Le Cloud and AI Development Act (CADA), enregistré sous la référence COM (2026) 502 et intégré au Tech Sovereignty Package aux côtés du Chips Act 2.0, introduit un cadre de souveraineté à quatre niveaux d'assurance que les administrations publiques devront appliquer pour évaluer leurs prestataires cloud. Ces critères pourront être intégrés directement dans les appels d'offres, sous forme de spécifications techniques ou de critères d'attribution. Les fournisseurs devront apporter des garanties sur la portabilité des données, la continuité de service et la réversibilité des solutions. Le recours à l'open source est encouragé pour faciliter les changements de fournisseurs et renforcer la maîtrise des infrastructures numériques par les administrations. Sur le volet infrastructure, le texte vise à tripler la capacité européenne en data centers d'ici 2030, pour un coût estimé à 200 milliards d'euros majoritairement privés. 

Pourquoi ce texte maintenant 

La dépendance de l'Europe au cloud américain n'est plus seulement une question de parts de marché. AWS, Microsoft Azure et Google Cloud concentrent près de 72 % du marché européen, et les institutions de l'Union elles-mêmes n'échappent pas à cette réalité : en 2020, le marché Cloud II de la Commission hébergeait encore 70 % de ses charges de travail chez ces trois fournisseurs. Au-delà des chiffres, c'est la nature juridique de cette dépendance qui pose problème. Depuis l'adoption du CLOUD Act américain en 2018, les autorités américaines peuvent légalement accéder aux données stockées par des entreprises américaines, y compris sur des serveurs situés en Europe. Concrètement, 23 États membres sur 28 externalisent aujourd'hui des fonctions aussi sensibles que leurs communications gouvernementales ou la supervision de leurs infrastructures critiques vers ces mêmes acteurs, sans garantie d'immunité face à ce cadre juridique extraterritorial. À cette vulnérabilité s'ajoute une fragmentation persistante : faute de référentiel commun, chaque État membre applique ses propres standards, rendant toute politique d'achat public cohérente à l'échelle de l'Union impossible à construire. 

Un cadre inspiré du modèle français

Le dispositif à quatre niveaux s'inspire directement du SecNumCloud, la certification française délivrée par l'ANSSI, qui exige une gouvernance et une infrastructure 100 % européennes sans dépendance à un acteur soumis à une loi extraterritoriale. Le CADA tente de généraliser cette approche à l'échelle des 27. Le texte est porté par Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie. Il s'articule avec l'AI Continent Action Plan, la feuille de route européenne pour faire du continent un acteur de premier plan dans l'intelligence artificielle. 

Un texte encore en négociation

La proposition se trouve au tout début de la procédure de codécision, avant toute première lecture au Parlement européen et toute position du Conseil. Amendements, trilogues et adoption finale sont encore devant elle. Aucune mesure n'est juridiquement contraignante à ce stade. Le règlement doit désormais être négocié par le Parlement européen et les États membres réunis au Conseil. Aucune date d'entrée en vigueur n'est encore arrêtée. Les organisations exposées aux obligations du secteur public européen, notamment celles soumises au DORA, à NIS2 ou à l'AI Act, ne peuvent néanmoins pas attendre la résolution du trilogue pour commencer à se positionner. 

Autres articles

La dépendance numérique se fabrique aussi dans les organigrammes

Chronique

La dépendance numérique se fabrique aussi dans les organigrammes

On parle d’infrastructures et de contrats quand on évoque la dépendance numérique. On parle moins des compétences qui permettent de les évaluer, de les challenger et, le cas échéant, d’en sortir. Or une organisation perd sa maîtrise numérique lorsqu’elle perd les personnes capables de juger ses choix.

La Cour des comptes pousse les ministères vers le libre

Bureautique de l’État

La Cour des comptes pousse les ministères vers le libre

L’État a dépensé 100 M€ en 2025 pour sa bureautique, dont 80 % des licences chez Microsoft. La Cour des comptes réclame une bascule vers le libre en mode cloud d’ici trois à quatre ans.

Quand la donnée commerciale devient un enjeu de leadership pour le CDO

Défi d’un nouveau monde

Quand la donnée commerciale devient un enjeu de leadership pour le CDO

Le leadership du chief data officer se joue-t-il encore dans la construction des fondations data, ou dans sa capacité à transformer la donnée en levier de création de valeur pour l’IA ?

Cybersécurité et souveraineté : le grand écart des entreprises européennes

Etude

Cybersécurité et souveraineté : le grand écart des entreprises européennes 

Une enquête de Kerys Software révèle un paradoxe : si la souveraineté technologique figure parmi leurs priorités, 81 % des entreprises interrogées s’appuient sur des solutions non européennes. 

"L’enjeu principal de la deeptech est plutôt la liquidité du marché"

Interview

"L’enjeu principal de la deeptech est plutôt la liquidité du marché"

Kat Borlongan, membre du board de l’European Innovation Council (EIC) au sein de la Commission européenne, décrypte les difficultés des startups deeptech en Europe, et les signaux positifs.


Préférences de consentement