Témoignage

Davos 2026 : retour sur un événement mis sous tension américaine 

Du 19 au 23 janvier 2026, au World Economic Forum de Davos, l’agenda a basculé sous l’effet des annonces de Donald Trump, du durcissement géopolitique et de la montée des risques cyber liés à l’IA. Invité avec la délégation française, Benjamin Netter (Riot) raconte un Davos sous tension.

Publié et mis à jour le 4 février 20265 min de lecture
Davos 2026 : retour sur un événement mis sous tension américaine 

Benjamin Netter, fondateur et CEO de Riot, membre de la délégation officielle française à Davos

Au sommet des Alpes suisses, le “club des puissants” a vacillé entre lyrisme sur l’innovation et realpolitik brutale. Benjamin Netter, fondateur et CEO de Riot, l’a ressenti dès son arrivée : l’édition 2026 du World Economic Forum a été gouverné par l’imprévu. “Il y avait des annonces quasi tous les jours”, a-t-il raconté, avec cette impression de vivre au centre d’un flux politique qui déborde des panels et s’invite dans les rendez-vous. Le président américain, Donald Trump, a aimanté l’attention, entre coups de pression commerciaux et déclarations géopolitiques, notamment autour du Groenland, au point de forcer les délégations européennes à se positionner dans l’instant. Benjamin Netter, lui, a surtout retenu l’onde économique : “Trump qui annonce des tarifs, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour nous”, a-t-il expliqué sans oublier de cadrer le vrai risque “l’instabilité mondiale n’est pas une bonne chose pour le commerce de façon générale.” En fin de semaine, les annonces ont partiellement rétropédalé. Le soufflé est retombé. Leur retrait a rappelé que l’incertitude est désormais un instrument politique. 

 

La cyber devient une variable géopolitique, le green IT recule 

 

Dans un tel climat, la cybersécurité n’a plus joué les seconds rôles. Elle a servi de langage commun, parce qu’elle concentre tout : souveraineté, continuité d’activité, manipulation de masse. “La cyber est en train de se transformer complètement depuis l’IA”, a formulé sans détour le CEO de Riot, en décrivant une rupture de cadence. Les agents automatisés abaissent la barrière d’entrée. “Des attaques qui étaient très compliquées à automatiser par le passé, qui maintenant sont simples”, a-t-il poursuivi. Benjamin Nette évoque notamment des campagnes plus crédibles, plus ciblées et plus industrielles. À Davos, cette bascule n’était plus marginale. Une dizaine de conférences y étaient consacrées, là où d’autres thèmes ont reculé. Le green IT, omniprésent les années précédentes, a clairement perdu du terrain. La priorité n’était plus la transition, mais la résilience. Le WEF lui-même a mis la pression sur le sujet, en publiant son Global Cybersecurity Outlook 2026, qui insiste sur l’accélération par l’IA et les fractures géopolitiques. “Je ne sais pas si la prise de conscience a déjà eu lieu, mais elle va avoir lieu”, a-t-il averti, en observant l’accélération des brèches de données en Europe. Davos 2026 a acté un déplacement des peurs, et donc des investissements.  

 

Macron à Davos, entre récit stratégique et réalité du terrain 
 

Dans ce climat d’instabilité permanente, la séquence française s’est construite dans l’urgence. L’intégration de Benjamin Netter à la délégation s’est faite tardivement, seulement dix jours avant le forum, à mesure que le contexte géopolitique se tendait et que l’Élysée décidait de renforcer sa présence à Davos. Une semaine avant le départ, l’invitation à l’Élysée avait donné le cadre. “On a vécu dans une bonne trentaine d’années de mondialisation où le monde était ouvert, on pouvait dépendre des Chinois et des Américains, et c’est fini, c’est derrière nous”, lui a-t-on expliqué, selon son récit. À Davos, Emmanuel Macron a prolongé ce discours : préférence européenne, activation des outils commerciaux, accélération de l’investissement, notamment sur l’IA. “Je pense que ça renforce notre sentiment d’être français”, a observé Benjamin Netter, décrivant un récit partagé qui circulait de déjeuner en déjeuner. Mais très vite, la conflictualité affleure. L’entrepreneur, qui développe Riot en Europe comme aux États-Unis, pointe un paradoxe. Le discours fédère politiquement, mais se heurte à la réalité commerciale. “Le message est assez bipolaire”, a-t-il tranché, refusant une souveraineté pensée comme réflexe d’achat. À Davos, la France a marqué des points symboliques. La traduction opérationnelle reste, elle, inachevée. 

 

L’Europe rêvée face à l’Europe vécue 

 

Cette tension s’est cristallisée dans l’expérience très concrète du dirigeant en Europe. “J’ai découvert que pour vendre aux grandes boîtes espagnoles et italiennes, il fallait avoir une société sur place”, a confié Benjamin Netter, loin de l’idéal du marché unique. Lui qui pensait que l’Europe permettait une circulation naturelle du business a dû revoir sa copie. D’où sa méfiance face aux injonctions à “acheter français”. “Si chaque pays refuse d’acheter notre solution pour prioriser uniquement des offres nationales, on est foutu”, a-t-il résumé. Sa doctrine reste simple : “Il faut faire le meilleur produit sur le marché et les gens vous achètent”. Cette position, à rebours de certains discours entendus à Davos, révèle une fracture plus large. L’Europe veut des champions, mais conserve des frontières invisibles. La souveraineté proclamée se heurte à la fragmentation réelle. 

 

Davos, networking à rendement différé 

 

Face à ces contradictions, Davos continue d’alimenter les critiques. Club de discussion ou lieu de pouvoir ? Benjamin Netter refuse la caricature. “C’est une semaine de networking”, a-t-il assumé, rappelant qu'habituellement Riot ne vend pas directement à des CEO de grands groupes. L’exercice est indirect, parfois frustrant. “Parler à des CEO, c’est intéressant, mais c’est long”, a reconnu le CEO. Son anecdote résume l’esprit du forum : dans une file d’attente, il échange avec le dirigeant d’un réseau de 22 universités mexicaines, soit 40 000 personnes. Quelques jours plus tard, un mail pour opérer une mise en relation avec l’équipe sécurité. “De mon côté, j’ai transmis ça à mon équipe, qui fait le travail”, a-t-il expliqué. Davos ne décide pas pour vous. Il ouvre des portes, lentement. Benjamin Netter en a tiré une lecture claire, des décisions se prennent, mais rarement sous vos yeux. Le forum sert surtout de thermomètre. Il indique les thèmes qui comptent, ceux qui montent, ceux qui disparaissent. 

 

 

Quand l’IA hérite aussi de nos failles 

 

Et si le point le plus utile de Davos n’était pas un discours, mais une phrase attrapée au vol. Benjamin Netter est reparti avec une idée qui déplace le périmètre de la cyber. “Le problème des agents, c’est qu’ils répliquent des comportements humains et que les faiblesses humaines seront répliquées par les agents”, lui a-t-on dit. Il en a tiré une conséquence directe pour son marché. "Peut-être que dans le futur, notre métier sera aussi de former les agents et pas uniquement les humains”, a ajouté Benjamin Netter. Pour Riot, qui positionne l’humain en première ligne de défense, la trajectoire se précise. L’expert cybersécurité revendique déjà plus de 2 000 entreprises clientes, plus de deux millions d’employés protégés, une croissance annuelle de 100 % et 150 recrutements prévus en 2026. Davos n’a pas changé la trajectoire de Riot, mais l’a rendue plus lisible. La menace s’accélère, les surfaces d’attaque s’élargissent et les lignes entre humains et machines se brouillent. 

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