Gouvernance de l’IA : les entreprises avancent à tâtons

Les investissements explosent, la vigilance beaucoup moins. Une étude mondiale du BSI montre que les dirigeants misent sur l’intelligence artificielle sans en encadrer l’usage. En France, la majorité agit encore sans véritable politique de gouvernance.

Publié et mis à jour le 29 octobre 20252 min de lecture
Gouvernance de l’IA : les entreprises avancent à tâtons

L’IA s’impose partout, mais son pilotage reste flou. Les entreprises françaises continuent d’y investir à marche forcée : 55 % des dirigeants comptent augmenter leurs budgets cette année. Ils espèrent des gains de productivité, une baisse des coûts, et parfois un peu de prestige technologique. Mais derrière la vitrine, les chiffres inquiètent : seuls deux décideurs sur dix disposent d’un cadre de gouvernance clairement défini.

« Le tissu entrepreneurial français prend conscience du potentiel de l’IA, mais le déficit d’encadrement est réel », résume David Fardel, Country Manager de BSI France. Les outils se déploient plus vite que les garde-fous. Et cette confiance spontanée, presque naïve, laisse planer la menace d’une crise de gouvernance à venir.

Des garde-fous encore trop légers

À lire l’étude, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Quatre entreprises sur dix se sont dotées de procédures pour encadrer l’usage des algorithmes ; un quart seulement disposent d’un code de conduite. La moitié ignore encore d’où viennent les données qui nourrissent leurs modèles. Et à peine 19 % restreignent l’utilisation d’outils non autorisés.

Les processus d’évaluation des risques restent rares : 21 % des répondants disent en avoir un, sans forcément l’appliquer. « Sans pilotage stratégique et garde-fous clairs, l’IA peut créer de nouveaux risques au lieu d’en corriger », insiste David Fardel. En clair, la promesse d’efficacité pourrait se retourner contre ceux qui y croient trop vite.

Le facteur humain, éternel angle mort

C’est l’autre constat du rapport : les entreprises parlent beaucoup d’automatisation, peu de formation. Dans les documents étudiés, le mot revient sept fois moins souvent. Seul un quart des dirigeants pensent que leurs équipes possèdent les compétences nécessaires pour utiliser ces outils. La majorité des formations actuelles relèvent de la mise en conformité, pas du développement des savoir-faire.

Ce décalage entre ambitions technologiques et préparation du terrain humain pèse déjà. « On demande aux salariés d’intégrer des outils qu’ils ne comprennent pas toujours. Résultat : perte de confiance, erreurs, dépendance aux modèles », observe un consultant cité par BSI.

Gouverner pour durer

Le BSI appelle les entreprises à passer d’une logique défensive à une gouvernance active : évaluer, documenter, former, auditer. L’enjeu n’est plus de se protéger d’une réglementation, mais de créer un avantage durable. Car la réputation, dans l’économie de la confiance, devient un actif à part entière.

« L’IA ne sera pas une panacée sans pilotage stratégique », conclut David Fardel. Pour l’heure, les entreprises avancent, souvent vite, parfois à l’aveugle. Celles qui prendront le temps d’instaurer une gouvernance solide feront sans doute la différence : la prochaine course ne se gagnera pas à la vitesse d’exécution, mais à la maîtrise.

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